Thomas Leleu était déjà venu à la Cité de la Musique en début d’année, accompagné alors par son grand frère Romain, Thomas comme écrasé sous son tuba, Romain tenant sa trompette avec une main. L’ambiance était détendue mais recueillie, pour un programme de musique classique, et rompue seulement quand les frères se coupaient la parole (plutôt Thomas, le plus jeune, qui corrigeait parfois les souvenirs de famille de l’aîné).
Cette fois Thomas est au théâtre du Mail (salle de spectacle plus que de concert), en soliste, sans Romain mais avec cinq musiciens, pour jouer ses propres compositions, du jazz. Et avec un comportement tout autre : faisant des pas de danse, sautillant sur place, se promenant, chef incontesté de l’espace de scène. Il a invité le public à se joindre aux instrumentistes en chantant plusieurs thèmes, galvanisant ainsi une salle où un grand pourcentage de collégiens des « classes Musique » était déjà enthousiasmé en amont de la première note du concert.
Sa maîtrise de son instrument et ses talents de compositeur ont assuré une musique riche et complexe, comme l’ont fait les contributions individuelles de ses musiciens, Kevin Reveyrand à la basse, Kevin Schmidt à la batterie, Laurent Elbaz, le vieux compagnon et arrangeur au piano, Jérôme Buigues à la guitare, et François Chambert aux saxophone et clarinette. Jamais de temps mort, ni de creux, ni de remplissage.

Thomas Leleu et François Chambert
Il y a eu une évolution importante le long de la soirée. Au début, le tuba imposait sa présence, offrant des images parfois comiques du tubiste, son instrument dans les bras comme une énorme peluche argentée, sa tête souvent cachée derrière le pavillon béant. Il a fallu aussi s’habituer à ce que le ton rond et abyssal du tuba, si souvent utilisé pour son effet comique, se fasse entendre dans bien d’autres registres, serein, joyeux, lyrique. Mais l’accoutumance s’est vite faite, et le tuba est devenu un instrument comme les autres sur scène pour faire passer la musique.
Thomas Leleu a raconté sa double carrière, classique et pop. « Vingt ans : j’ai été dix ans dans l’orchestre de l’Opéra de Marseille. Il y a beaucoup de temps vide dans les soirées d’un tubiste. Enfin, pour une production des Troyens – cinq heures, j’ai joué dix minutes. Et j’ai décidé. » C’est la décision qui l’a mis sur la scène du Mail, à Soissons, devant une salle debout pour lui.
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