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Le Vase des Arts

Les patates pleurent aussi

Denis MAHAFFEY

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Si les arts ne peuvent pas venir à leur Vase des Arts…
le Vase des Arts ira à ses arts.

En l’absence d’événements culturels publics, le Vase des Arts continue à s’ouvrir au-delà de son cadre habituel. Ce texte a fait partie de Interrompre le silence, séance de lecture de 2012.
Sujet : le végétarisme qui, après tout, appartient à l’Art de la Gastronomie.

Commentaires : denis.mahaffey@levase.fr

Je tue pour vivre. Je tue pour vivre.

C’est la tante d’une vache wallonne qui m’a rendu végétivore. Je remontais d’une gare dans la vallée de la Meuse, par une de ces après-midi belges où le gris paraît être la couleur nationale et le soleil, comme un sans-papiers, se fait discret pour ne pas être reconduit à la frontière. Des Protestants de France, réunis dans un collège jésuite, attendaient mes remarques sur la tourmente de mon Irlande du Nord.

Deux vaches broutent derrière une clôture. Je m’arrête, arrache une touffe d’herbe de mon côté du grillage et la tends. Un museau l’effleure et se détourne.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais je vivais en ce temps ma propre tempête intérieure, d’extase et de trouble mêlés, et qui faisait sauter les certitudes comme des barreaux de prison. Du coup, des espoirs qui n’avaient jamais osé bouger étaient libérés, s’impatientaient même. Je ne vivais plus sous la loi mais sous la grâce. Sur ce chemin de vie je ne pouvais avancer que dans l’authenticité, avec des relations véridiques. Sinon, le soufflé allait retomber. Ces vaches méritaient plus qu’un geste a minima.

Je m’arrête alors, cherche plus loin des brins d’herbe verte tendre, délice pour bétail. La vache les accepte gracieusement et je repars, ému de cette justesse entre homme et bête.

J’arrive à l’heure du dîner, et pour la première fois me trouve devant un steak tartare. Je l’attaque, goûte la saveur un peu métallique lorsque, comme une feuille dans un ruisseau, le museau d’en bas me revient. « Tu t’émeus d’une relation avec une vache, et à peine une heure plus tard tu dévores peut-être sa tante hachée. »

J’ai fini le plat, car il était bon, mais c’était ma dernière viande. Il ne restait qu’à défendre la décision. Avec les années, vous ne réagissez plus aux remarques sur les poireaux qui hurlent quand ils sont arrachés, les patates qui pleurent de douleur, ni aux questions : « Les carences en protéines animales ? ». « Vous mangez bien du poulet ? Du poisson ? Même pas ? » Vous répondez seulement à celle qui se veut maligne : « Vous portez bien des chaussures de cuir. » Ah ha ! « Mais je ne mange pas mes chaussures. »

Parfois, en face de quelqu’un qui coupe son chateaubriand, la chair s’ouvrant comme un avant-bras que tailladerait une lame de rasoir, vous regardez cet animal qui ingurgite des bouts d’un autre animal, et vous risquez de rendre votre tofu rissolé. Ne dites rien, car il vous accusera d’écorcher vifs les oignons et ce sera reparti.

Le sens du végétarisme dans l’infinie aspiration vers la liberté ? Peu importe qu’une telle décision soit morale, religieuse, diététique, environnementale ou compassionnelle : ce qui compte est de respecter un principe qui ne vient ni d’une habitude ni d’une idéologie, mais d’un choix. La liberté se pratique non pas dans l’indiscipline totale mais en faisant des choix et en s’y tenant.

Et la question coup de grâce : « Vous êtes sur une île déserte. Il n’y a que des noix de coco à trente mètres au dessus, et des crabes à vos pieds…. » Réponse : je fais un feu sur la plage – je ne vais tout de même pas les bouffer crus.

Car après (et avant et pendant) tout, je tue pour vivre.

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Exposition

Les tableaux de la Croix d’Or dévoilés à l’Arsenal

Denis MAHAFFEY

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Un détail de La Rencontre de Lucien Jonas

En 1928 le peintre Lucien Jonas, né à Valenciennes en 1880, était à Soissons. La ville reprenait souffle après la Guerre et était en pleine reconstruction. L’artiste a obtenu un contrat pour décorer la salle des fêtes du nouvel Hôtel de la Croix d’Or de la rue Saint-Christophe, établissement d’accueil depuis le 16e siècle. 30 mètres de long sur 3,80 de haut : la commande était conséquente. Mais Jonas, connu pour ses talents de dessinateur et de peintre, qu’il savait déployer, au besoin, pour des travaux plutôt décoratifs, et pour sa capacité de production, n’a pas été impressionné : son journal raconte le quotidien du projet.

L’hôtel à fermé ses portes au début des années ’70. Les peintures de Jonas ont été démontés ensuite. Comme ils étaient marouflés, c’est-à-dire collés aux murs de la salle, il a fallu les « démaroufler » en les détachant du support. Une colle forte avait été utilisée, non pas le mélange de farine et d’eau souvent employé, et l’opération a laissé des traces au dos des toiles.

Les tableaux ont été dispersés. Mais il y a quelque temps ils ont été retrouvés, et mis en vente – a Soissons, sous le contrôle du commissaire-priseur Bruce Roelens. Ils ont été acquis à l’intention du Musée de Soissons par la procédure de préhension d’état, permettant aux pouvoirs publics d’intervenir au prix offert par l’adjudicataire individuel.

Il a fallu ensuite entreprendre leur conservation et restauration. Deux visites guidées ont été prévues par Christophe Brouard, directeur du Musée, pour permettre au public de voir ce travail, effectués par deux équipes successives dans deux salles du rez-de-chaussée de l’Arsenal. Dans l’une, les tableaux monumentaux sont adossés aux murs, recouverts par des draps blancs ; dans l’autre, c’est le support au dos de deux autres toiles qui est visible. Pendant la visite l’équipe travaille sur celle qui est posée à plat ; l’autre est appuyée au mur.

David Prot explique son travail de restaurateur de support.

Cette première série d’opérations a été présentée par deux « restaurateurs de support », David Prot et Antoine Leménager. Car il faut d’abord s’occuper du support, en remplaçant le réseau de cadres en bois sur lesquels chaque grande toile est tendue. Il faut dégager les traces de colle et les défauts provoqués. Ensuite, ils insèrent des feuilles pour absorber les variations de température et d’humidité que devront supporter les toiles, notamment pendant leur transport.

Ils seront suivis par une équipe de « restaurateurs de couche picturale » qui recevront à nouveau le public.

C’est un travail conséquent, et un considérable investissement pour la Ville, encore que, rappellent les deux experts, il s’agit non pas d’une restauration « complète » mais d’une remise en état a minima.

Antoine Leménager au travail.

Le Musée peut compter sur la qualité du travail : après Soissons David Prot et Antoine Leménager iront à Paris où, avec dix-sept autres équipes de restaurateurs, ils participeront à la restauration du bureau du Président de la République. « La sécurité ne sera pas la même ! » suppose David Prot.

Evidemment, le moment crucial de la visite à été le dévoilement d’un tableau en cours de restauration et appuyé au mur. Lentement, il est retourné et le drap recouvrant sa surface est enlevé. C’est La rencontre. Voici, en vidéo, ce qui se passe.

Il faut admettre que ce qui se voit montre le travail de décorateur de Jonas. Ses qualités de dessinateur sont évidentes dans les personnages groupés autour d’un orateur (qui portait une mitre dans une version antérieure de l’image, explique Christophe Brouard). Il manquerait à ces toiles monumentales, peintes sans perdre de temps avant de passer à la commande suivante, l’intensité d’un artiste qui dépasse le pittoresque et reflète son observation minutieuse ou visionnaire du monde, et sa capacité à la traduire cette observation en images, en mots, en notes de musique. Ainsi il pourra toucher profondément le spectateur, non seulement le distraire.

Les tableaux de la Croix d’Or feront partie d’une exposition consacrée à Lucien Jonas au printemps prochain qui permettra de juger l’autre aspect de son travail : ses portraits, ses peintures de guerre, de mineurs. Mais c’est sa commande pour l’hôtel de Soissons qui lui nous aura donné l’occasion de mieux le connaître.

L'art de la restauration

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La guerre des rires n’aura pas lieu

Denis MAHAFFEY

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L'art du rire contagieux

Eglise méthodiste d'Agnes Street, Belfast, construite 1886, fermée 1974

Depuis mars, en l’absence de spectacles vivants et de rencontres avec les artistes à commenter, cette chronique a parfois pris d’autres chemins à travers l’art de la vie. Pour conclure cet entracte singulier, et avant la pause estivale, voici le récit d’un éclat de rire imaginé qui aurait pu changer l’histoire, adapté d’un écrit publié dans le blog L’Echange en 2014.
Commentaires : denis.mahaffey@levase.fr

 

De chères petites têtes, dont plusieurs blondes, mais plutôt des châtains, et même quelques rousses, alignées et inclinées : nous étions les enfants de la famille Mahaffey en prière ; plus précisément, les enfants de quatre frères. Eux, ou leurs épouses nos tantes, nous répartissaient plus ou moins en fratries. Notre sagesse d’image n’était pourtant qu’apparente.

Nous nous retrouvions le dimanche matin au temple méthodiste d’Agnes Street à Belfast en Irlande du Nord. Le Méthodisme est né au 18e siècle d’un mouvement de renouveau de l’Église anglicane mené par John Wesley, prédicateur éloquent et passionné. Etudiant à Oxford, il se réunissait avec des camarades pour prier, lire la Bible et agir charitablement selon un programme « méthodique », d’où le nom, railleur mais assumé par la nouvelle dénomination.

La sobriété des stalles et du balcon en fer à cheval faisait penser à une salle de concert, sauf qu’à la place de l’estrade s’érigeait une chaire centrale, flanquée de deux volées de marches. Cet intérieur évitait tout effet architectural susceptible de porter les esprits vers un émerveillement décoratif qui brouillerait la clarté de la doctrine protestante. Ensemble pour accueillir Dieu, mais chacun seul face à Lui, sans intermédiaire. Le pasteur, sans habits sacerdotaux, car sans sacerdoce, menait l’office. Hymnes chantés à pleine voix (la congrégation se piquait d’être entendue jusqu’à l’artère voisin de Shankill), prières, sermon – mot qui convient mieux que « homélie », car il nous sermonnait, nous conjurait d’accepter Jésus comme notre rédempteur personnel. Sans effort, la grâce et l’effort étant incompatibles. La sainteté attendait, il suffisait d’« ouvrir la porte du cœur ». Apostat peut-être congénital, je ne savais pas ce qu’il entendait par là : je me voyais ouvrir une petite porte, sortir la tête, voir si Jésus était dans les parages. Non ? Je rentrais la tête, perdu pour Dieu.

Ce dénuement liturgique contrastait avec ce que nous savions ou supposions des Catholiques, que leur prêtre, dont le rôle sacré venait de son ordination, guidait vers le mystère de la foi par les rites incantatoires, le miracle de la messe faisant du pain et du vin le vrai corps et le sang du Christ. Pour nous, la communion n’était qu’un acte symbolique. De nos temples austères nous regardions d’un mauvais œil les églises catholiques : le faste, les statues pieuses, cierges seraient des pièges tendus par le Diable.

L’histoire irlandaise faisait que l’opposition entre les deux confessions n’était pas qu’une question de dogme. Il y allait, nous laissait-on entendre, de la survie de la communauté protestante. Une menace existentielle. Ma grand-mère ne disait-elle pas « Si les Catholiques gagnent les élections, des prêtres donneront les cours à l’école » (alors que feu mon grand-père avait été militant de l’autonomie, étape vers l’indépendance de l’île) ?

La sobriété ambiante du temple n’empêchait pas nous autres enfants de trembler de sensations dans lesquelles la peur se mêlait à l’excitation. Mais il ne s’agissait point d’une sainte terreur du divin, ni d’extase spirituel : le risque était qu’un geste incongru – éternuement, bâillement, chute d’un hymnaire, regard bizarre – ne déclenchât, sous les yeux du pasteur et dans les oreilles de tout le monde, un fou rire roulant le long de la rangée. La répartition stratégique des adultes en brise-lame n’y ferait rien.

Cela pouvait mal tourner. Un dimanche mon plus jeune cousin, trop jeune pour se maîtriser, a dû être sorti dans les bras de son père. Remontant la nef, face à tous, il murmurait « Papa, j’peux pas m’arrêter ! » Le pasteur a dû s’interrompre, mais était trop figé dans son rôle moralisateur pour commenter avec bienveillance cette spontanéité enfantine. Nous ses cousins gardions la tête baissée, le visage rougi à force de nous retenir.

Le jour de la réouverture après des travaux de rénovation, tout juste terminés la veille, nous avons retrouvé notre temple nettoyé, décapé, repeint dans des tons de crème et beige, les boiseries vernies au tampon. Toutes les places étaient occupées, les chants étaient fervents, les prières intenses, avec un sermon à tout casser sur la grâce divine à portée de cœur.

La chaleur n’était pas que spirituelle. Les corps assis agissaient sur le vernis frais. Quand les participants se sont levés pour le dernier hymne, chacun avait imprimé sur l’assise des stalles deux ovales floues. C’était à croire que, l’attention étant devenue adoration, Dieu tout‑puissant (qui pouvait donc tout) avait, devant un tel élan de foi, nanti chaque adorateur, chaque adoratrice d’ailes célestes dont seule l’ombre rémanente était accessible à nos yeux d’ici-bas.

Imaginez le mal que nous avions devant ces empreintes de fesses de toutes les tailles. Une déflagration jubilatoire a-t-elle eu lieu ? Les gloussements mal étouffés des enfants Mahaffey sont-ils devenus une déferlante, courant le long de notre stalle, s’emparant des adultes parmi nous, puis envahissant les rangs, remplissant les lieux d’un immense rire ? Il serait entendu dehors, déborderait du quartier, sauterait de temple en église, de chapelle en salle de prière. Même parmi les mécréants rétifs au devoir d’adoration les rictus se mueraient en rire franc, en un séisme de réjouissance qui engloutirait les écarts de croyances, d’incroyance, les inimitiés, rappelant que Dieu n’est que (n’est que ?!) l’Etre derrière toutes les différences qui nous divisaient. En pouffant publiquement de rire, aurions-nous contré le conflit armé qui s’impatientait dans les coulisses ? Ne pouvions-nous pas convertir la guerre entre communautés en concurrence entre nos capacités de rigolade ?

Mais nous les petits Mahaffey pesions trop peu dans la balance contre la rigidité des positions établies. Nous avons étranglé nos rires dans la gorge. A défaut de rire les uns avec les autres, se bidonner tous et chacun à la face de vieilles antipathies, nous allions tôt ou tard, et pendant trente ans, nous entretuer.

[16/07/20 Texte ajusté pour tenir compte de commentaires utiles]

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Exposition

Art contemporain à l’Arsenal : le Musée attribue les rôles

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'art

La première partie de cet article paraît dans le Vase Communicant n°295; la suite décrit le processus de « mise en scène » des collections d’art contemporain dans les salles de l’Arsenal.

L’option était là, pratique, simple, abordable. Il suffisait de l’adopter – et de voir à sa mise en œuvre. Quand l’ancien arsenal militaire sur lequel veillent les flèches de Saint-Jean-des-Vignes a été acquis par la Ville en 1994, il s’est ouvert l’ère des grandes expositions temporaires d’art contemporain. Elles ont apporté du prestige à Soissons – selon le sculpteur Nicolas Alquin « A cent kilomètres autour de Paris, seul Soissons peut donner tant d’espace à un artiste. » Le public des vernissages était national, voire international, la fréquentation ensuite plus restreinte. Cette période fastueuse s’est terminée avec le départ du conservateur Dominique Roussel en 2015, laissant l’espace en attente d’un rôle.

Christophe Brouard, conservateur des Musées Saint-Léger et de l’Arsenal, avec Manon Jambut, recrutée pour veiller à la conservation et la restauration des collections. L’art se crée et se regarde : il faut penser à entretenir les œuvres.

A Saint-Léger l’exposition des collections d’art contemporain a été confinée à la cagé d’escalier menant du rez-de-chaussée (Archéologie) au premier étage (Histoire locale) et au second (expositions temporaires). Il s’agit surtout d’œuvres d’artistes ayant exposé à l’Arsenal, comme la toile de Gérard Titus-Carmel ou la suspension de Carlo Wieland qui tourne au dessus des têtes. Pourtant avec environ 200 œuvres le Musée possède l’un des principaux fonds d’art contemporain des Hauts-de-France, des œuvres peintes, dessinées, sculptées, gravées et des photographies, qui restent en grande partie méconnues du public dans les réserves.

Christophe Brouard a pris la direction du Musée en décembre, et le projet a été lancé. Désormais, Saint-Léger sera le musée d’art et d’histoire, et l’Arsenal celui de l’art contemporain sur les 500m2 des salles du haut. Le travail d’accrochage est en cours, et le nouveau musée s’ouvrira en juillet.

Matières contemporaines. 25 ans d’acquisitions (1995-2020), c’est le titre de cette initiative évolutive. Plusieurs œuvres seront exposées de façon permanente sur un parcours articulé en différentes sections, d’autres seront remplacées régulièrement, une façon de mettre en valeur le fonds et de maintenir l’attrait pour des visiteurs réguliers.

Des cheminements seront établis, esthétiques mais aussi pédagogiques.

  1. La matière à l’œuvre établira une forme de dialogue entre des techniques et approches variées ou renouvelées, la peinture, la sculpture.
  2. La matière inspirée fera découvrir au visiteur des œuvres inspirées par de grands peintres ou écrivains, d’autres par la culture populaire.

    Carlo Wieland : Aérial n°19, métal polychrome, 2002.

  3. La matière et la forme abordera le glissement entre différentes modes d’expression, particulièrement l’art figuratif et l’art abstrait.

Pour le conservateur « cette première présentation constitue la première étape d’une nouvelle définition de l’Arsenal, espace vivant et de mise en valeur des collections permanentes. »

Des expositions temporaires auront lieu, mais dans d’autres endroits de la ville, comme la chapelle Saint-Charles.

D’autres étapes et parcours thématiques suggérés par le riche fonds d’art contemporain des musées de Soissons, existant ou enrichi par de nouvelles acquisitions, maintiendront l’intérêt du public pour l’art contemporain, créé dans le monde qui nous entoure.

Matières contemporaines : la mise en scène

Au premier étage de l’Arsenal, une équipe prépare l’ouverture au public des deux salles où seront désormais exposées les collections d’art contemporain du Musée de Soissons (il faudra parler désormais des « Musées », car Saint-Léger, l’Arsenal et le Centre de Conservation et d’Etudes Archéologiques (CCEA) sont des entités distinctes de la même institution publique).

Une partie de œuvres est déjà accrochée, d’autres attendent. Les équipiers travaillent au positionnement et accrochage ; deux polissent les verres qui couvriront des exemples du fonds photographique.

L’accrochage est en cours.

Christophe Brouard montre l’itinéraire que suivront les visiteurs. La petite salle (qui n’est petite que par rapport à la grande sous son immense charpente apparente, rappel du rôle militaire du bâtiment) est prête, il suffira d’ajouter les cartels avec le nom de l’artiste et le titre de l’œuvre, et parfaire l’éclairage : le mobile de Carlo Wieland jouera ainsi avec sa propre ombre sur le mur.

Cette salle, qui questionne les techniques et approches adoptées par les artistes, pêut être vue comme une sorte d’échantillonnage des grandes expositions du passé et des œuvres qui ont déjà occupé ces salles, de Claude Viallat, Christian Jaccard, Daniel Chompré, Laurence Granger (dont un grand éclat de couleurs éclaire la salle).

Le palier entre les deux salles contient des céramiques venant de l’exposition pour laquelle différents artistes avaient exploré l’image du vase (du Vase). La toile de Gérard Titus-Carmel de sa série La Bibliothèque d’Urcée a migré de sa place sur l’escalier de Saint-Léger.

La grande salle est partagée en plusieurs sections, d’abord celle des artistes qui ont eu recours à des références littéraires dans leur travail, comme Philippe Guesdon qui a démantelé et refait les images de Dürer pour La Nef des Fous de Sébastien Brand, et dont les peintures sur tissu souple, suspendues comme des tapisseries, avaient rempli toute cette salle en 2014).

Méduse de l’artiste C215, qui interprète l’autoportrait du Caravage sous les traits de la Gorgone.

En quittant cette section le visiteur a vue par une vitrine sur les salles du rez-de-chaussée. A partir du mois d’août une équipe de restaurateurs remettra en état les trois tableaux monumentaux de Lucien Jonas, récemment acquises par le Musée et qui décoraient la salle de bal de l’ancien hôtel de la Croix d’Or dans la rue Saint-Christophe à Soissons. A présent, elles sont cachées par des draps.(*)

La troisième section laisse voir les échanges et relations entre différents modes adoptés par les artistes, où le figuratif et l’abstrait s’affrontent, s’éclairent.

Au centre de la salle se trouvent quelques photographies, elles-mêmes des œuvres d’art.

Pour la mise en scène de cette initiative, qui rendra disponible des œuvres qui ne sont peut-être jamais sorties des réserves, la sensibilité du conservateur se révèle par les échos qu’il remarque et fait remarquer entre des toiles et les éléments de la galerie : charpente, murs de pierre et leurs accidents de surface.

En parlant de cet investissement de l’Arsenal par ces collections, Christophe Brouard préfère le mot « accrochage » à « exposition ». Il souligne ainsi la nature du projet, dont le contenu évoluera, de nouvelles œuvres remplaçant les précédentes. Après l’accrochage, le décrochage. Les visiteurs qui reviennent sont assurés de vivre une autre expérience chaque fois. Il n’y aura donc pas de vernissage : l’Arsenal sera ouvert au public le 15 juillet aux heures habituelles.

(*) Deux visites guidées, pour lesquelles il faut s’inscrire, auront lieu les 29 juillet et 11 août.

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P U B L I C I T É
JEROME TROUVE – Hypnose

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