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Le Vase des Arts

Les pupitres dansent : orchestre de Douai

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Si les arts ne peuvent pas venir à leur Vase des Arts…
le Vase des Arts ira à ses arts.

La vidéo dont parle cet article est visible ici.

 

En décembre dernier, juste avant Noël, l’Orchestre de Douai et le Chœur Régional Hauts-de-France, sous la direction d‘Eric Deltour, ont donné un concert de musique classique et légère à Villers-Cotterêts.

A présent, en confinement comme tous les orchestres – et tout le monde – les instrumentistes de l’orchestre ont réussi, comme d’autres, le paradoxe de jouer seuls, chacun dans son coin, et pourtant ensemble. C’est à chaque fois un exploit d’ingénierie du son et d’orchestration (Luc Baiwir en est responsable pour l’orchestre de Douai).

Ainsi seuls et ensemble, ils présentent la musique du film Danse avec les loups de John Barry.

Le résultat est illustré sur un écran fragmenté, une case pour chaque musicien. La particularité de cette prestation est que seuls apparaissent sur l’écran noir ceux qui jouent à un moment donné de l’œuvre, les autres pupitres restent dans l’ombre. Le résultat est une danse, les instrumentistes émergeant quand ils ont à intervenir, et disparaissant quand ils ne jouent pas.

Le procédé ne change pas la partition, mais il la décortique : l’orchestration devient lucide, visuelle. L’absence de spectacles vivants a pu renvoyer les mélomanes à la musique enregistrée. Mais rien ne vaut la clarté que donne un orchestre sur scène à la musique qu’il joue. Loin d’être une distraction, la vue de ses membres en train de jouer, ou d’attendre à jouer, révèle la structure de l’œuvre, la rend plus intense.

Plus que cela, voir des gens produire de tels sons avec leurs instruments rappelle que la musique est un phénomène humain. L’Orchestre de Douai – Région Haut-de-France cite à ce propos un proverbe chinois :

La musique est ce qui rapproche.

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Après le silence, Les Siècles fête Saint-Saëns

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L'art de Saint-Saëns

Les Siècles applaudi par le public soissonnais.

Pour commencer, il y a eu la joie de voir, sur le plateau de l’auditorium CMD, soixante-dix musiciens accorder leurs instruments, bavarder entre eux en attendant de jouer, comme avant le grand silence.

François-Xavier Roth dirige, Renaud Capuchon joue.

L’orchestre Les Siècles est revenu quinze mois après son dernier concert à Soissons, alors que nous avions l’habitude de le recevoir plusieurs fois par an. En mars 2020 il avait participé à l’intégrale de Beethoven, rompue par le premier confinement. C’est à la sortie progressive du second qu’il revient. La plupart des visages sont familiers, malgré le port d’un masque noir uniforme par tous les cordistes, même la harpiste, et les percussionnistes.

François-Xavier Roth, chef de l’orchestre, est entré avec sa verve de toujours, mais en levant le bras vers ses musiciens, geste qu’il garde ordinairement pour les rappels à la fin du concert.

Ces retrouvailles ont eu lieu autour de Camille Saint-Saëns, dont c’est le centenaire de la mort. Le programme a été fait de neuf œuvres courtes, dont deux extraits. « Déjà un programme de bis » selon François-Xavier Roth en annonçant à la fin que pour cette raison il n’y en aurait pas.

Il y a eu quand même la place, l’air de rien, pour l’intégrale des Poèmes Symphoniques, dont « La Jeunesse d’Hercule » pour ouvrir le concert et « Danse macabre » pour le clore.

Le violoniste Renaud Capuçon, autre visage familier à Soissons, a été le soliste de « L’introduction et Rondo Capriccioso » et « La Havanaise » ; le pianiste Bertrand Chamayou a joué la fantaisie « Africa » et le 2e mouvement du concerto « L’Egyptien » (*). Un troisième soliste, mais resté assis a son pupitre, a été François-Marie Drieux pour « Danse Macabre ».

Bertrand Chamayou à travers l’appui chantourné du piano Pleyel d’époque

Le programme a dosé des œuvres de Saint-Saëns devenues des tubes du classique et d’autres moins connues, telle le concerto pour piano ou le Poème « Phaëton ». Le plaisir de l’auditeur à entendre ce qui est déjà familier est en contrepoint à l’écoute plus intense de ce qu’il découvre.

Revenons au début du concert. Les premières mesures de « La jeunesse de Hercule » sont d’une douceur rendue poignante par le fait de réentendre la musique dans « notre » salle. François-Xavier Roth a parlé de « l’immense joie » des musiciens à nous retrouver (et a fait remarquer que même des guerres n’avaient pas mené à la fermeture des salles décidée pour contrer la contamination).

(*) Il a joué sur un piano Pleyel au lieu du Steinway habituel, respectant ainsi la convention qui veut que cet orchestre utilise des instruments d’époque.


Saint-Saëns sera fêté encore à la CMD par l’Ensemble Orchestral de la Cité le 12 juillet, avec un programme qui comprendra sa deuxième Symphonie et des œuvres de compositeurs qui ont compté pour lui.

 

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Etoiles à venir : spectacles en préparation

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L'art de monter un spectacle

Cirque Isis : une déchiqueteuse transforme des branchages en jet de lumière.

Les fermetures répétées de salles de spectacle n’ont pas empêché les artistes de continuer à avoir des idées, les élaborer, puis mettre en scène et répéter ce qu’ils ont conçu, sans la certitude de trouver un public. Salles, dates, tournées ? On verra bien !

Sylvie Pommerolle joue Chopin.

A Aizy-Jouy, dans une maison de briques rouges datant de la Reconstruction après la guerre de 14-18, le collectif Résonances se retrouve pour répéter un spectacle sur Chopin. Il reprend ainsi une formule qui l’a inspiré plusieurs fois, notamment pour Charlotte, son évocation de la vie de l’artiste allemande Charlotte Salomon. La carrière de ce spectacle-là, aux débuts prometteurs, avait été brisée par le premier confinement.

L’approche réunit la musique, la lecture de textes, et l’exécution simultanée de peintures pour créer un accompagnement visuel.

Le fil rouge de Chopin est son opus 28, les Préludes, brefs éclats de lumière de toutes les couleurs. Douze des vingt-quatre ont été choisis pour le spectacle,.

Sylvie Pommerolle est au piano. Avant chaque prélude Jacqueline Defigeas lit le commentaire d’André Gide dans ses Notes sur Chopin, analyses percutantes qui ouvrent grand les oreilles pour chaque morceau. Pour illustrer les remarques sur le célèbre 7e Prélude, la pianiste le joue deux fois, d’abord en mazurka, puis comme une valse lente, ce qui nuance différemment l’arpège culminant, sans altérer son envol vers l’au-delà.

Le peintre Salim Le Kouaghet accompagne la musique en prenant ses crayons de couleur pour traduire sa réaction sur une feuille. Au fur et à mesure que le récital avance, la petite table sur laquelle il travaille vibre davantage. « Je commence lentement, puis ça va de plus en plus fort » explique-t-il en riant. Parfois il reflète le rythme de tel prélude ; parfois les marques sur le papier font penser à une sorte de partition multicolore.

Dès la création ce petit format sera remplacé par des toiles et l’acrylique. Mais toutes ces feuilles seront exposées, groupées pour correspondre à chaque répétition. Ainsi, le processus de création sera retrouvé à chaque représentation.

Sortant d’une des multiples résidences au Mail pendant la fermeture au public, Isis, compagnie de cirque de Pargny-Filain, a présenté, devant quelques professionnels éparpillés sur le fauteuils de la salle, trois séquences de son nouveau spectacle, A travers bois. Huit jongleurs recrutés pour le spectacle utilisent des assemblages, des lattes, des planches pour mener une méditation énergique sur la matière. Energique, car ils s’envoient ces assemblages, les jettent, les rattrapent, les mettent en équilibre. Une méditation par la concentration qu’ils révèlent, le silence et le calme avec lesquels ils exécutent ces actions. Une séquence est accompagnée par des bruits de percussion – sur des instruments en bois.

Les jongleurs d’Isis

Le degré de coopération est intense. Chacun tient à la verticale une grande planche, dont la plus longue dépasse la hauteur de l’ouverture du plateau, puis la lâche et court attraper une autre pour l’empêcher de tomber. On dirait une forêt de troncs d’arbre qui vibrent, entourée de petits humains qui courent de l’un à l’autre pour les toucher.

C’est Quentin Bancel, directeur d’Isis, qui a conçu le spectacle, et qui y prend part pour une scène qui brusque le calme silencieux. Il amène sur le plateau une grande déchiqueteuse rouge montée sur des pneumatiques, et alimentée avec des branchages. La machine les dégorge en forme d’un jet, comme les étincelles générées par un poste à souder. Le bois devient lumière.

A la sortie d’une autre résidence, Jean-Louis Wacquiez et Patrice Le Duc, acteurs et marionnettistes de la compagnie Asphodèle, montrent Bob et Mac jouent Parole de loup, adaptation d’un conte graphique de Geoffroy de Pennart. Du théâtre d’objets, où un marteau arrache-clou prend le rôle du méchant loup Igor, museau devant, oreilles le long de la tête. La représentation respire surtout le plaisir intense pour les deux artistes de rejouer sur scène après en avoir été si longtemps éloignés.

Quel avenir attend de tels spectacles ? Isis fait ses propres programmations ; les deux autres demanderont des efforts pour les lancer. Ils font penser à des toiles ou des sculptures : le peintre, le sculpteur espèrent trouver un acquéreur, mais il y a d’abord l’élan qui les pousse à créer.

[Cette enquête élargit les informations publiées dans le Vase Communicant n° 313 sur des spectacles qui attendent un public.]

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Exposition

Ingeborg Kleijnjan façonne “l’art Covid”

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L'art de la poterie

Dans un monde ou l’attention est de plus en plus dispersée, le Coronavirus a au moins fourni un sujet unifiant sur lequel tout le monde s’exprime, des surprécautionneux aux sceptiques conspirationnistes. La potière néerlandaise Ingeborg Kleijnjan d’Ambleny a réagi en créant des «bols Covid», arrondis et couverts de petites protubérances, entre chaudrons et mine explosives. Transformé en objet d’art, le virus perd sa nocivité insaisissable, son secret contaminant. Il devient un objet d’art rassurant.

Un “bol Covid” d’Ingeborg Kleijnjan

Il y a vingt ans l’architecte Ingeborg et son mari Zwier Regelink, consultant retraité, qui avaient un appartement à Amsterdam, cherchaient une maison de campagne avec un jardin : «Je voulais mettre mes mains dans la terre.» Zwier prospectait seul. Il a trouvé la maison d’Ambleny, a envoyé une photo à Ingeborg, qui a pris le train pour le rejoindre, et ils l’ont achetée. Après quelques années de navette, ils s’y sont installés de façon permanente.

Musiciens amateurs, ils s’étaient moins préoccupés d’aménager la maison tout de suite que de chercher d’autres avec qui jouer, Ingeborg au violon, Zwier à l’alto. Des quatuors, un trio, un groupe folk, et l’orchestre du Cercle Musical. Depuis quelques années Ingeborg en est même le premier violon et même, pendant une vacance, chef d’orchestre pour les répétitions.

Puis elle est devenue potière. Pourquoi ? La réponse pouvait se deviner : «Je voulais mettre mes mains dans la terre.» Elle aime la travailler, à tous les stades de la fabrication, pour créer un objet agréable à regarder, à toucher, à utiliser. Pour elle, la céramique est un sujet qu’elle approfondit encore, toujours à la recherche de nouvelles combinaisons de couleurs et de formes, de nouvelles façons de combiner, positionner, faire se recouvrir les émaux. Ses céramiques ont ce qu’elle appelle des «formes tranquilles», sans excès, en tons naturels de pierre, sable, terre, métal, ou d’un bleu d’eau profonde sous un ciel sombre. Parfois, en contrepoint à la sobriété des formes, elle ajoute un animal miniature, comme une petite poignée.

Elle évoque la sensation de manier l’argile, d’être intensément présente, constamment « sur le chemin de la découverte ». Le blocage du confinement a été une sorte de cadeau, mais l’a plombée aussi, lui a fait réfléchir à la surabondance, l’a amenée à restreindre sa production plutôt que de viser le rendement. Les ateliers et stages par lesquels elle partage ses techniques et découvertes ont été suspendus.

Ingeborg la musicienne montre un de ses deux violons.

La maison au bord de la route de Maubrun domine un terrain en pente raide, où ils ont fait un jardin, sans l’apprivoiser. Un mouton y élève son agnelle qui sautille sous – et dans – un arbre. Les pièces en enfilade, de l’atelier de céramique à la salle de musique, sont aménagées avec une simplicité choisie : confortables mais dégagées, une décoration d’architecte, dirait-on.

L’atelier et la salle d’exposition forment un ensemble sur deux étages, reliés par un petit escalier en courbe. C’est la Poterie La Pissotte, où Ingeborg fait et vend ses objets. Elle participe aussi à des salons et expositions de groupe. Son site poterielapissotte.com présente son activité et détaille les techniques qu’elle utilise.

Ingeborg et Zwier sont heureux et reconnaissants de vivre en France, d’y faire de la musique ensemble avec d’autres. Ingeborg a pu prendre la terre du pays dans les mains, en faire un jardin, la transformer aussi en objets à la fois quotidiens et transcendants.

[Cet article paraît dans le Vase Communicant n°312.]

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