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Le Vase des Arts

La vie est plus belle en musique : Sylvie Pommerolle

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Confinement et culture      ép. 2

Sylvie Pommerolle chez elle, devant un tableau de Norman Calabrese

« Au début du confinement » déclare la pianiste Sylvie Pommerolle, « j’étais pleine de projets. Couper le lierre sur les murs, répandre les copeaux dans les massifs, semer dans le jardin potager. »

A Aizy-Jouy, village au nord-est de Soissons, Sylvie et son mari Régis habitent une grande maison entourée de beaux murs en pierre surmontés de tuiles rouges.

Pendant toutes ces semaines elle est accompagnée par le livre de Claire Marie Le Guay, La vie est plus belle en musique, qui commence par une citation de Gustave Mahler : « L’essentiel de la musique n’est pas dans les notes. »

Encore imprégnée de la dernière « Journée Beethoven » du 8 mars à la CMD, souvenir poignant de la vie d’avant (*), elle entreprend de déchiffrer les 15 premières sonates de Beethoven. Elle retrace ainsi le long chemin de ses études, de l’école de musique de Soissons, prédécesseur du Conservatoire, à la célèbre école Martenot de Paris.

« Je commence par la 8e, la Pathétique, qui me semble bien correspondre à la situation. Je ressors mon recueil datant de 1919, au papier jauni, recouvert d’une toile rouge et qui m’a suivie durant toutes mes études musicales. »

Elle y retrouve les annotations de sa professeure, le plan de l’œuvre, l’analyse harmonique, et surtout le compté gestuel caractéristique du toucher et de l’interprétation de Ginette Martenot, avec qui elle a travaillé à partir de 1984.

« Je décide de repartir de la 1e sonate, et de voir l’évolution de l’écriture de Beethoven. Je redécouvre la 3e, que j’avais abordée à Soissons. J’avais douze ans et ce morceau me paraissait très long ; ma principale préoccupation était de jouer les notes en mesure, déjà une performance. »

Au fil des jours elle arrive à la 10e, présentée pour rentrer à l’école de musique de Paris. « Je m’amuse en lisant en haut de la page « les silences ne sont pas exacts ».

Après deux semaines elle arrive à la sonate au Clair de Lune qu’elle jouait à l’école normale d’institutrices.

Le troisième lundi elle est envahie par une colère féroce, de ne pouvoir sortir et voir ses amis. « C’est alors que Tévi Berthomeu, écrivaine et metteuse en scène, me demande de trouver des musiques pour son dernier conte musical et de lui proposer une mise en scène. Je recherche des musiques naÏves dans les recueils d’enfants de Chostakovich, Kabalevski, Khatchatourian et Jacques Ibert. Pour coller au personnage, j’écoute les oiseaux et essaye de leur répondre et de noter les rythmes. »

Les semaines passent ainsi, partagées entre la musique, le jardin et le Qi gong, pour lequel le professeur Jean Luc Winieski fournit des pistes de réflexion et des pratiques. Elle échange avec quelques amies des textes, des poésies ou des tableaux.

« Triste nouvelle, ma belle-mère s’éteint le 10 avril. Je ne l’ai pas revue depuis la mi-mars et n’ai pas pu l’accompagner jusqu’à la fin à l’hôpital de Soissons. »

« Le 6e lundi je décide de sortir et d’aller voir ma mère et d’apporter les documents demandés à Tévi. » Le lendemain elle lui joue les morceaux par téléphone interposé. La collaboration n’est pas facile dans ces circonstances.

Sylvie Pommerolle est impliquée dans plusieurs spectacles dont la musique est une composante majeure, surtout Charlotte, évocation en peinture, musique et écriture de l’artiste Charlotte Salomon, morte à Auschwitz. Ironie de l’histoire, elle répétait des fables de La Fontaine, dont… Les animaux malades de la peste. Tous sont annulés, reportés ou laissés dans le vague. Les répétitions sont impossibles. Tout est interrompu. La démotivation menace !

Au début du confinement elle appelait les amis avec qui elle joue de l’accordéon diatonique, leur donnait des conseils. A 19h elle jouait sur la terrasse pour égayer la vie au village. Fin avril les initiatives s’essoufflent.

« Nous attendons le 11 mai. Pour la fin du confinement je vais revisiter les impromptus de Schubert, poétiques et tendres, et le Clair de Lune de Debussy, musique immatérielle, fluide, inspirée des éléments naturels. »

La vie est plus belle en musique, d’après son livre de chevet… et l’essentiel de la musique n’est pas dans les notes, mais dans le lien invisible qui se crée entre le musicien qui joue et l’auditeur qui écoute. Le confinement le rompt. La musicienne Sylvie a besoin de partager sa musique pour justifier l’engagement de sa vie.

A côté de la musique, du déchiffrage, de la colère qui explose, et de la douleur de la mort, le grand bénéficiaire de ce confinement c’est le jardin. « Il n’a jamais été aussi beau. »


(*) Sylvie Pommerolle est pianiste, mais familière aussi au grand public comme « tourneuse de pages » bénévole aux concerts donnés à la CMD de Soissons, un rôle qui exige une grande sensibilité aux besoins individuels de chaque musicien.

 

 

 

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Jeune Symphonie de l’Aisne

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L'art du stage

Ni le fait d’être le dernier événement orchestral de la saison culturelle, empiétant sur la pause d’été, ni l’attrait durable de l’auditorium couleur crème à la Cité de la Musique n’expliquent l’affluence dimanche après-midi, et la chaleur avec laquelle le public a accueilli la Jeune Symphonie de l’Aisne.

Qu’est-ce qui inspire cette réception presque affectueuse ?

Pour commencer, le public et l’orchestre se retrouvent après deux années de privation à cause de la pandémie : la joie des retrouvailles, donc. Surtout, il y a le plaisir de voir des musiciens de l’orchestre Les Siècles, férus de concerts symphoniques, partager le plateau avec de jeunes musiciens en herbe, élèves des Conservatoires et écoles de musique de l’Aisne. Ceux-ci entrent en arborant un grand sourire, ou un peu timidement – et on les comprend.

On peut imaginer qu’ils avaient décidé d’apprendre un instrument, ou y avaient été poussés par leurs parents, et ont pris des cours individuels, sans autre ambition que de savoir jouer correctement. Et voilà qu’ils se trouvent sur scène, de vrais musiciens d’orchestre.

Mêler ainsi les confirmés et les apprentis reflète une intention départementale, mise en œuvre par l’Association pour le Développement d’Activités Musicales dans l’Aisne (Adama) sous son directeur Jean-Michel Verneiges. Dans un Département rural et sans grandes villes, la meilleure façon de créer une vie musicale  riche, et qui enrichit la population, est de fournir un enseignement spécialisé dans les conservatoire et écoles de musique, et d’encourager les musiciens amateurs.

L’Adama organise des actions qui sortent de jeunes musiciens des salles de cours et les habituent à jouer dans des ensembles orchestraux et de musique de chambre. Notamment, la Jeune Symphonie de L’Aisne rassemble chaque été des musiciens volontaires pour des stages dispensés par des membres de l’orchestre Les Siècles, suivis d’un grand concert.


Deux jours avant le concert de dimanche, les violoncellistes répètent avec Josquin Buvat de l’orchestre Les Siècles. Ils reprennent et reprennent de brefs extraits du programme, pour perfectionner leur interprétation. Pour Poulenc, le formateur insiste sur la qualité “lumineuse” qu’il faut atteindre dans leur toucher.


La pandémie a provoqué l’annulation de ce projet en 2020 et 2021, et a encore des conséquences cette année. Le nombre de stagiaires a été réduit (ce qui a fait que le dernier rang d’instrumentistes de chaque côté ne se retrouve pas le dos au mur comme en 2019) ; le stage, au lieu d’être résidentiel et sur une semaine chaque fois, a été fractionné en journées, commençant en avril, ce qui a permis aux participants de rentrer chez eux (et explique que seuls quelques stagiaires venus de Départements limitrophes ont pu prendre part).

Un autre signe de la situation sanitaire : François-Xavier Roth a dû renoncer à la direction d’orchestre pour le concert ; Benjamin Garzia, bien connu lui-même des Soissonnais, a pris sa place.

Le programme était associé à un événement majeur départemental, l’inauguration prochaine de la Cité Internationale de la Langue Française dans le château restauré de Villers-Cotterêts. Pour faire honneur aux écrivains qui ont tant fait pour le renom de cette langue, les organisateurs ont choisi des compositions qui s’appuient sur des œuvres littéraires de quatre grands auteurs, Mallarmé, Loti, La Fontaine, et Corneille. Leurs mots ont inspiré la musique, mais étaient absents du concert.

Pour commencer, le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy prélude qui reflète la nature à la fois mystérieuse et claire du poème de Mallarmé, et qui a ouvert une voie subtile aux œuvres plus franches qui suivraient.

Benjamin Garzia, chef d’orchestre

La Suite de Ramuntcho, longue comme une symphonie, est la musique de scène que Gabriel Pierné a composée pour l’adaptation, par Pierre Loti lui-même, de son roman d’amour et d’aventure dans le pays Basque. Il a permis à l’orchestre de montrer sa maîtrise des rythmes en constante mutation – une spécialité du compositeur, a expliqué Benjamin Garzia.

Les animaux modèles comprend six courtes illustrations des Fables de La Fontaine, écrites par Poulenc pour un ballet chorégraphié et dansé par Serge Lifar en 1942. L’orchestre a su s’adapter à la brièveté des épisodes et aux changements de ton nécessaires.

Avec la suite de ballet de l’opéra Le Cid de Massenet, bien librement adapté de la pièce de Corneille, l’orchestre a pu terminer son concert de sortie de stage dans des rythmes entraînants de l’Espagne.

Même dans les conditions incommodes imposées par la crise sanitaire,  la Jeune Symphonie de l’Aisne a prouvé ses compétences, sa musicalité et sa popularité. Elle ajoute presque cinquante nouveaux instrumentistes au nombre disponible dans de Département – ou ailleurs.

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Exposition

Alain Séchas : la malice à l’œuvre

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L'art de l'anthropomorphisme

Le vernissage vu par Alain Séchas

Un des 140 dessins sur Instagram

L’art contemporain peut déranger par sa recherche de nouvelles formes et d’une grammaire artistique inédite. Alors les amateurs rassemblés au vernissage de l’exposition d’Alain Séchas, présent et arborant un sourire aimable mais, peut-être, discrètement malicieux, ont pu se féliciter que, à première vue, ses images étaient claires.

Le rez-de-chaussée de l’Arsenal est couvert de chats anthrophomorphisés et de rangées de grandes fleurs, dans des couleurs vives. Les chats s’affairent, les fleurs regardent ceux qui les regardent. Un art naïf ? Pas si sûr. Le visiteur, détendu par le style et le bariolage, s’arrête devant un tableau de gens à tête de chat, et s’aperçoit qu’il s’agit d’un…. vernissage, jusqu’aux verres retournés sur une table, comme ceux qui nous attendent dehors.

Le chat au soleil (avant)     [Neon]

Le chat au soleil (après)   [Néon]

Les images d’Alain Séchas entendent épingler les comportements vaniteux des humains, leur envie de briller, ou au moins passer, dans des situations mondaines.

Quant aux fleurs, elles interrogent ceux qui passent : Pour qui vous prenez-vous, à nous regarder comme des décorations ?. Alors que…

Une salle contient, en deux rangées, 140 dessins au feutre que l’artiste a mis sur Instagram. Billets d’humeur désopilants, dont l’intention est de pointer ce qu’ils révèlent de la faiblesse/bêtise humaine. Un chat artiste peint un homme dont la tête n’est qu’un gros griffonnage. Il demande au portraitiste « Vous avez réussi cette fois ? ». La toile porte exactement le même griffonnage.

Il est brisé, n’y touchez pas : Alain Séchas a – malicieusement – détourné le dernier vers d’un poème romantique de Sully-Prudhomme pour rappeler que nous sommes dans la Cité du Vase. L’exposition est ouverte jusqu’au 18 septembre.

[Cet article paraît dans le Vase Communicant n° 338.]

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Exposition

Autour de la rose, des êtres de terre

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L'art de la terre crue

Les églises désaffectées, en perdant la dignité de leur consécration, ont du mal à se recycler correctement. Elles sont transformées en restaurants, bowlings, magasins, dépôts, au mieux salles de concert comme à Tergnier, au pire abandonnées ou démolies. Saint-Léger à Soissons est devenue une annexe du Musée, utilisée pour entreposer de vieilles pierres ou pour des expositions avec quelques cimaises montées dans la nef et le chœur. Avant l’ouverture de la Cité de la Musique en 2014, elle accueillait des concerts et des spectacles – comment oublier le soir où le grand portail s’est ouvert pour admettre un cheval sans cavalier, le bruit de ses sabots faisant valser les échos ?

 

Camille Perrin entre deux êtres de terre

Quand la grande rose de la Cathédrale a été soufflée par une tempête en janvier 2017 et a dû être reconstruite, les fragments de l’ancienne, devenus témoins de l’histoire, ont été entreposés un temps, puis assemblés sur le sol de Saint-Léger, les vitraux représentées par des panneaux, et exposés au public sous le titre La Tempête et la Rose. Que faire ensuite ?

Un appel à projets a été lancé, en partenariat avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) des Hauts de France, pour mettre en valeur ces restes, leur donner un sens.

Le chantier a été attribué à deux artistes plasticiennes, Carmen Perrin et Virginie Delannoy, accompagnées par Frédérique Jonnard, architecte spécialiste de constructions en terre crue, pisé, adobe… Une architecte ? Oui, car le projet serait fondé sur l’utilisation de cette matière.

Carmen Perrin a parlé de son impression, en visitant pour la première fois le futur chantier, d’horizontalité, de « l’absence d’humains ». Le projet consisterait, a-t-elle expliqué, à peupler l’espace autour de la rose. Cent piliers de terre crue, mélangée à de la paille et commandée à un fournisseur d’argile, seraient construits et mis en place. Le travail serait collectif, c’était un facteur important

La technique a été mise à l’essai au printemps. Une couche de terre est déposée dans un coffrage carré, et pilonnée. D’autres couches sont ajoutées, jusqu’à obtenir une hauteur totale de 60cm, 1m ou 1m20.

Deux jeunes architectes de Lyon, participants à l’atelier

Après ces préparatifs, le chantier a été lancé le 4 juillet, avec les artistes, l’architecte, quatre jeunes architectes de l’école d’architecture de Lyon, et des volontaires, recrutés surtout par le guide-conférencier Erick Balin, associé au projet depuis le début.

Le 12 juillet tous les participants, le public et la presse ont été invitées à visiter les lieux. Le travail est allé si vite que tout devrait être complété avant la fin du stage prévue le 16 juillet.

Tout le sol était recouvert par des bâches, sur lesquelles s’érigent les piliers déjà finis et qui se mettent à sécher. Le pilonnage d’un nouveau pilier était en cours, comme un rythme pour encourager des travailleurs.

Christophe Brouard, directeur des Musées de Soissons, a lancé un échange, supposé fournir des informations et répondre à des questions concernant le déroulement du chantier artistique. Mais ce qui a émergé a été l’enthousiasme des participants. Ils ont parlé de la qualité du partage de l’expérience, de l’intimité générée par les efforts en commun. Frédérique Jonnard y a vu un « temps de vie partagé » ; elle a été émerveillée par la transformation de la maquette, vue d’en haut, en une réalité au milieu de laquelle elle pouvait circuler.

Carmen Perrin, toujours aimable, toujours souriante, loin de l’image de l’artiste dictant sa vision à une équipe, pense que le souvenir de ce partage restera vif longtemps après la fin du projet.

Les piliers déjà en place sont disposés de façon à créer des perspectives qui changent à chaque déplacement dans l’espace. L’effet d’ensemble est impressionnant, et surtout émouvant. Les piliers représentent la présence des humains, debout autour la rose. La vision a été réalisée.

Véronique Jonnard, architecte, et Erick Balin, guide-conférencier et chef de l’équipe de volontaires

Un autre effet de la présence des piliers, sous la lumière d’été qui envahit l’église de toutes parts, est, paradoxalement, d’attirer aussi les regards vers le haut.  D’un espace vide qui se prêtait à des expositions et événements, Saint-Léger devient un lieu de vie. Elle n’a jamais été plus belle. Au milieu l’ancienne rose, étalée par terre après des siècles dans les murs verticaux d’une cathédrale, mais entourée, avec compassion ou curiosité ou même adoration, par cette communauté de fidèles faits de terre. A chaque personne qui pénètre dans cet espace d’y voir ses images d’enfants, de femmes, d’hommes, sans être distraite par un réalisme individualisant. Ces sculptures de terre sont éloquentes parce qu’elles font appel à l’universalité de l’art abstrait.

Sans qu’aucune référence aux religions ne soit faite, l’ancienne église Saint-Léger retrouve ainsi quelque chose de son passé de lieu sacré.


Le site restera ouvert tel quel au public pendant l’été. Quand les traces du travail qui a produit ce résultat auront été enlevées, ceux qui y ont participé ou qui ont vu le travail en cours, ou qui en ont entendu parler, seront invités à l’inauguration d’une exposition sous le titre à la fois étrange et lumineux de Les foules, les peuples, les créatures.

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