En 1994 Pascal Ponsart-Ponsart, homme de lettres né dans les Ardennes, marionnettiste devenu fonctionnaire parisien, a acheté une maison de campagne à Montgobert. A sa retraite en 2017 il s’est installé dans le village voisin de Saint-Pierre-Aigle « parce qu’il fallait une maison plus grande pour tous les livres ».

L’auteur chez lui à Saint-Pierre-Aigle
Mais son regard sur son ancien village est resté intime, et il vient de publier Montgobert, l’abécédaire. Le titre peut suggérer une sorte d’almanach d’informations utiles, jours de marché, messes, écoles, médecins. Non, simplement le contenu est classé, non pas par chapitres, mais par ordre alphabétique. En 26 rubriques l’auteur détaille l’histoire, la topographie, la situation et les gens de son village, non pas en suivant un schéma logique mais au hasard des lettres de l’alphabet, pour créer un recueil d’images écrites.
La structure crée des tournures ludiques. Il fallait parler du Musée du bois installé dans le château de Montgobert, mais « M », « B » et « C » étant pris ailleurs, l’auteur a choisi « W » comme « wastringue », ou racloir de charpentier. Une petite pirouette, et nous voilà au cœur de sujet.
Ne nous trompons pas : derrière sa structure particulière le livre est aussi un ouvrage savant. Dans son salon de Saint-Pierre-Aigle, entouré de tableaux, d’objets rapportés de nombreux voyages et – n’oublions pas – de livres, l’auteur confirme les longues recherches pour vérifier tel détail – et le plaisir qu’il y a pris. Il a même réussi, en étudiant des cartes, à retrouver le site d’une chapelle dont toute trace semblait disparue. Chaque rubrique porte tout l’appareil nécessaire de références, sans que le contenu ne soit jamais alourdi.
L’humour et la franchise pointent : la lettre « Q » annonce « Questions », celles auxquelles, malgré ses efforts, l’auteur n’a pas trouvé de réponse. Qui était Elisabeth de Montgobert, secrétaire de la fille de Madame de Sévigné ? Il ne sait pas.
Les rubriques varient en longueur, la plus copieuse étant celle sur la noblesse dans son château, les Joyeuse, Cambacérès et Albuféra, et surtout Pauline Bonaparte, sœur de Napoléon. Pas d’alignement sur une longueur standard.
L’auteur ne cherche pas une objectivité clinique, et confie parfois ses avis et expériences personnels. Il est sévère envers la chasse à courre qui ensanglante les terres autour du village. Il finit la rubrique sur l’école par décrire l’autocar quasiment vide en fin de course. « En hiver, la nuit est déjà tombée. Je me dis que ces jeunes enfants ont déjà des journées de travailleur. »
Sous la jolie couverture en tons pastel, crème et vert olive, tirée d’une carte topographique, le lecteur apprendra à connaître Montgobert, village picard ceint par une grande forêt, à travers les mots choisis par Pascal Ponsart-Ponsart. Au fond, son objectif est « que le passé ne s’oublie pas. » Pourquoi s’est-il tant investi ? C’est ainsi qu’il dit l’amour qu’il a pour son village, d’abord d’adoption, puis de cœur.
Montgobert, l’abécédaire, 2024. Le livre (25€) peut être commandé chez l’éditeur : www.ressouvenances.fr.
Un commentaire, une question ? denis.mahaffey@levase.fr
[Cet article paraît dans Le Vase Communicant n°24, édition Villers-Cotterêts/La Ferté-Milon.]