Joyau : un mot souvent galvaudé, appliqué au moindre site bardé d’un peu d’histoire. Mais ceux qui suivent la renaissance de l’ancienne chapelle Saint-Charles de Soissons n’hésiteront pas à employer le mot pour un des plus beaux sites de la ville.
La chapelle du Grand Séminaire de Soissons construit au 18e siècle est restée miraculeusement intacte quand le Séminaire a disparu dans la Guerre de 14-18. Elle a été incorporée dans un nouveau collège de jeunes filles, auquel elle a servi un temps de salle des fêtes. Devenue débarras, elle doit son réémergence aux élèves, accompagnées par leur professeur d’anglais, Monique Judas-Urschel, aujourd’hui présidente de l’Association pour la sauvegarde de la Chapelle Saint-Charles (SCSC). Vidé et nettoyé à grandes eaux, l’espace est entré en réhabilitation. Petit à petit ses boiseries, murs et sols ont été restaurés, ses installations mises aux normes, par les bénévoles SCSC et des entreprises toujours locales, avec le soutien financier de la Ville, de mécènes et de donateurs. A chaque étape de nouveaux attraits ont été révélés.
La dernière innovation est l’installation de deux vitraux contemporains dans le chevet. Comme les ouvertures avaient été murées lors de la construction de l’aile sud du collège, le choix a été fait d’un rétro-éclairage. Ainsi, à leur récente inauguration, quand le maire de Soissons a fini son compte à rebours, « 3-2-1 », deux rectangles de lumière ont soudain brillé. Comme le soleil mais disponible quelque soit le temps et l’heure dehors.

Elodie Lemaître, Monique Judas-Urschel et Philippe Querel.
Elodie Lemaître, vitrailliste de Saint-Pierre-Aigle, a été choisie pour créer les deux vitraux sur le thème du ciel. Elle commente ainsi sa démarche : « Dès le début le thème du ciel s’est imposé à moi : ouvrir ces 2 baies murées vers un horizon réjouissant. Le ciel est le lieu de l’imaginaire et de toutes les projections humaines et sacrées. On lève les yeux au ciel, on observe la course des nuages. On y voit une baleine, un mouton, ou bien l’Immensité. On y a placé nos Dieux, notre Paradis, nos rêves. Le ciel représenté à Saint-Charles est un ciel mouvant, changeant, symbole de Vie et de vitalité. Les éléments Air et Eau y apparaissent (le vent, les nuages), mais aussi le Feu (les rayons du soleil, les éclairs). Les lignes de couleur orange et violette qui se dessinent sur le fond clair évoquent les traces laissées par les avions, le parcours des oiseaux migrateurs, les constellations. Les rayons du soleil sont schématisés par des rayures jaune pâle et blanches. »

Saint-Charles avant le montage des nouveaux vitraux
Pour aider à financer ce projet, SCSC a décidé de publier un livre. Monique Judas et Philippe Quérel, tout en mettant la chapelle dans son contexte religieux historique, et fournissant une description détaillée de l’architecture, ont surtout reproduit les dessins retrouvés (encore une sacrée histoire !) des dix-huit vitraux détruits par la guerre. Saint-Charles a enfin un guide détaillé de son passé, son architecture et ses trésors perdus.
Derrière sa façade banale sur la rue de Panleu, l’ancienne chapelle, longtemps ignorée, désormais toujours plus belle, accueille les visiteurs et la vie culturelle de la ville.
Paroles de Vitrail, éd. A Contresens, 2025. Prix 14€.
Un commentaire, une question ? : denis.mahaffey@levase.fr
[03/03/25 : Modifié pour corriger le nom de famille d’un des auteurs du livre, et le nombre de vitraux détruits par la guerre.]
[Cet article est paru dans Le Vase Communicant n°392.]