Dans la Varsovie d’avant guerre, les jumeaux juifs Sylvin et Maria Rubinstein formaient un duo de danseurs flamenco sous le nom de scène « Dolores et Imperio ». Après l’invasion allemande, Maria a été déportée et Sylvin est entré dans la résistance. A la fin de la guerre il s’est installé à Hambourg où, en hommage à sa sœur disparue, il a lancé une nouvelle carrière de drag-queen. Il a pris le nom Dolores. Ce n’est qu’à un âge avancé, réduit à danser dans des bars louches du quartier chaud, qu’il a décidé, a-t-il dit, « d’accrocher les castagnettes », et qu’il a confié son histoire à un journaliste.

Sylvin et Maria pendant la guerre (Olivier Sitruk et Joséphine Thoby)
Ce sont des faits historiques. Yann Guillon et Stéphane Laporte en ont adapté une partie dans leur pièce Dolores, venue au Mail.
Dans un bar, un vieil homme courbé se raconte à un serveur (qui remplace le journaliste), avec des retours en arrière pour montrer Varsovie en temps de guerre.
Le spectacle est tout en mouvements et transformations, reproduisant l’impermanence et l’imprévisibilité d’une guerre totale. Le vieil Sylvin, joué par Olivier Sitruk, se lève de son tabouret, se redresse, et devient un jeune homme dans la force de l’âge. Une danseuse (Sharon Sultan) et un danseur (Reuben Molina) interviennent pour Sylvin et Maria en tant que Imperio et Dolores. Quand, après la disparition de Maria, son frère veut maintenir sa mémoire, Reuben Molina se travestit pour devenir Dolores.
Encore un facteur de mouvement : des rideaux de gaze permet de peupler et dépeupler le fond de la scène selon l’éclairage.
Le ton est dramatique, mais il y a de l’humour : pour commettre des actes de terrorisme meurtrier contre les Allemands, Sylvin se déguise en femme élégante, sans que personne ne soupçonne que, sous sa tenue de bourgeoise, il est le célèbre Imperio. Sharon Sultan campe une femme qui aide Sylvin en lui apportant une grande soupière remplie. Le temps qu’il la passe à des gens affamés du ghetto, elle fait des allers-retours avec encore de la soupe, ses gestes et sa démarche démesurés et répétitifs faisant penser au style du Théâtre du Soleil.
Pour finir, Sylvin, vieux et fragile, est rejoint sur scène par Maria, jeune comme quand elle était encore en vie, et le couple esquisse des pas de danse. Les jumeaux sont réunis, le vieux Sylvin au bout de sa vie, la jeune Maria préservée de la vieillesse par la mort.
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