
Trois contrebassistes de l’EOC : Cécile Grondard et Guy Duverget des Siècles et Marie Bonnin, professeur
A peine une semaine après avoir ébloui et attendri le public de la Cité avec un programme tout Mendelssohn (ébloui comme soliste et chef, attendri par son plaisir évident à tenir ces deux rôles et à communiquer avec le public), David Grimal est revenu, à nouveau en tant que soliste et chef, cette fois pour trois jours de travail avec l’Ensemble orchestral de la Cité suivis d’un concert. L’Association pour le développement des activités musicales dans l’Aisne (ADAMA) avait créé cet orchestre en 2014, formé d’une combinaison de musiciens de l’orchestre Les Siècles et de professeurs des conservatoires et écoles de musique du Département, avec l’intention de permettre aux enseignants d’aller au-delà de leur rôle pédagogique.
Au programme, comme avec Mendelssohn, un seul compositeur, cette fois Schubert. N’écouter que sa musique, longuement et en profondeur, a créé une perception, le sentiment, voire la sensation, que la musique de Schubert danse, quelque soit la tonalité, la forme ou la nature de ce qui est entendu. Non pas qu’elle donne envie de danser, ni même de taper du pied, mais plutôt qu’elle danse toute seule, et que les oreilles de l’auditeur la regardent danser.
Le Rondo pour violon et cordes, et un Konzertstück pour violon et orchestre complet, ont créé cette image dansante et, après l’entracte, le grand tube qui est la Symphonie inachevée l’a développée. Le passage syncopé archi-connu du premier mouvement, par lequel tant d’apprentis pianistes ont appris à gérer le décalage entre la main droite et la main gauche, présente une autre image de la danse, légèrement traînante comme les pieds d’un couple sur la piste.
En bis, la Polonaise en si bémol majeur de Schubert pour violon et orchestre : après la musique dansante, la musique de danse.

A peine cet événement proprement sensationnel terminé dans les applaudissements que, deux jours plus tard, l’ensemble instrumental et choral Le Concert Spirituel était sur le plateau de la Cité. Deux œuvres liturgiques au programme : la Messe de Clovis par Gounod, composée, a annoncé Hervé Niquet, directeur de l’ensemble, pour le 1400e anniversaire du baptême de Clovis.
La combinaison d’orchestre et de chant, proche parfois du grégorien, assure une force considérable, apte à impressionner les participants à un office à l’église. Des extraits d’œuvres de compositeurs contemporains de Gounod ont été intercalés avec les parties de la messe, créant une tapisserie de musique religieuse plutôt conventionnelle, en contraste avec la modernité du Requiem de Fauré, en seconde partie du concert.
En 2014 le chœur de la Radio flamande et les solistes de l’orchestre Brussels Philharmonic, sous le même chef, Hervé Niquet, avaient joué le même Requiem dans la même salle, cette fois-là précédé aussi par divers compositeurs du 19e.
Le commentaire fait à cette occasion dans le Vase des Arts reste valable : « Le Requiem de Fauré est toujours bon à prendre. Hervé Niquet a choisi la version de 1893 pour chœur et orchestre de chambre. N’insistons pas sur la réputation d’incroyant du compositeur, mais il reste que la douceur et le lyrisme sont parfois peu liturgiques. Fauré a répondu aux critiques « On a dit qu’il n’exprimait pas l’effroi de la mort, quelqu’un l’a appelé une berceuse de la mort. Mais c’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux. »
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