A la Cité de la Musique en 2024 l’Insula Orchestra avait mis face à face deux compositeurs : Schubert et la Emilie Mayer(1912-1883). Cette année, il a fait le même choix de compositeurs avec d’autres œuvres, le Concerto pour piano de Mayer et la Grande Symphonie n°9 de Schubert. Entre les deux, un bis solo du pianiste David Fray [voir « DM ajoute »].
Pourquoi reprendre les mêmes et recommencer ? Laurence Equilbey, qui dirige l’orchestre, trouve une concordance de style et de ton et d’autres affinités entre Schubert et Mayer ; il s’agit autant pour Laurence Equilbey de sortir une compositrice de l’obscurité, et elle entend poursuivre cette mise en valeur parallèle.

David Fray et Laurence Equilbey face au public
Chaque compositeur porte des éléments d’augustes prédécesseurs. Comme l’indique le « Guide d’écoute » réalisé par la classe d’analyse de Christine Paquelet au Conservatoire et distribué avec le programme, « quelques traces de Beethoven sont (..) présentes dans la Grande Symphonie de Schubert, les contrastes marqués de nuances, de « ppp » à « fff », et surtout les longs et riches développements ».
Quant à Mayer, elle avait le surnom « Beethoven au féminin ».
Comme l’orchestre Les Siècles, Insula joue sur des instruments d’époque, dont le splendide piano Pleyel.
Après ce concert, il reste le tout dernier événement de la saison 2024-5, la sortie de stage des jeunes musiciens de conservatoires et d’écoles de musique qui, mêlés à leurs maîtres de stage, membres des Siècles, forment la Jeune Symphonie de l’Aisne.
En cette fin de saison, DM ajoute…
Un concert est un phénomène collectif qui génère nécessairement une dynamique de groupe. Pour les musiciens c’est un élément conscient, travaillé et organisé ; pour les spectateurs, c’est plutôt un non-dit commun qui influence les comportements individuels. Généralement, l’accueil par ces individus est partagé, et ils tendent à réagir ensemble, par leur degré d’attention et leurs applaudissements. Le concerto de Mayer a été accueilli avec l’intérêt de la découverte, mais sans emporter la salle par son souffle. La réaction à la fin a été plus courtoise que transportée. Mais, autre phénomène de groupe, et révélateur de la nature chaleureuse du public soissonnais (non seulement aux concerts), quand il paraissait que chef et soliste ne seraient rappelés qu’une fois, les applaudissements ont repris pour qu’ils reviennent.
David Fray s’est rassis au piano, entouré de musiciens devenus auditeurs, et a joué, avec un détachement fin qui s’est senti dans la salle, une transcription du deuxième mouvement de la Suite orchestrale n°3 de Bach, connu surtout pour sa version pour violon, Air sur la corde de Sol.
Un commentaire personnel, alors que le Vase des Arts tend à les éviter : après l’œuvre de Mayer, si méritante qu’elle soit, une vague d’exaltation devant Bach, à reconnaître ce qu’est la plus grande musique. Un concert est collectif, mais la musique est propre à chacun.