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Ecriture

Michel Steiner : activiste contre le solfège

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L'art de la notation musicale

Michel Steiner et le clavicorde en cours de construction

Michel Steiner, ancien professeur agrégé au lycée Nerval de Soissons, a écrit un livre sur les sons musicaux, en prêchant l’abandon du solfège.

Enfant, à Langres en Haute-Marne, Michel Steiner a commencé à apprendre le piano. Mais sans succès. « Il n’y avait de ma part aucun refus et pas le moindre rejet de l’instrument, au contraire je l’aimais bien. » Il a abandonné.

En prenant sa retraite après un professorat passé tout entier au lycée Nerval, il a pu enfin revenir sur cet échec, afin d’être en paix avec la musique.

Sa formation scientifique tenait la clef. Enfant, il était face à « une sorte de catéchisme  à apprendre et à régurgiter », alors qu’il avait besoin d’une « démonstration » au sens mathématique du terme, une analyse logique fondée sur la curiosité et le jugement.

C’est ce manque qui l’avait éloigné de la musique, et qui l’a amené à écrire Le secret des notes à la portée de tous . Il y examine l’origine des sons, la voix humaine et animale, même le vent… et comment ils traversent l’espace pour atteindre l’oreille. C’est la première partie du livre.

Comment le lecteur moyen assimilera-t-il un tel livre ? Réponse : l’écriture est partout précise et élégante, les explications claires. Le texte est égayé par de petits dessins humoristiques qui détournent systématiquement ce qui est exposé avec tant de sérieux. Les mots abstrus sont décortiqués : « propagation », « amplitude » ; « ébranlement ». Le lecteur devra sans doute revenir sur ses pas, soit admettre qu’il est dépassé et saisir seules les grandes lignes d’un traité à la fois savant et amusant. Ce n’est pas un manuel scolaire, mais c’est impeccablement pédagogique.

Michel Steiner n’a pas été un enseignant théoricien. En 2000, avec cinq élèves en Terminale S, il a reconstitué l’expérience du pendule de Foucault sur trois étages du lycée, confirmant la rotation de la Terre, avec un système d’enregistrement qui met en question des opinions traditionnelles.

La seconde partie du livre confronte le solfège, et est bien plus polémique. Michel Steiner met en cause les portées chargées de notes noires et blanches, jointes ou séparées, débordantes en haut et en bas, entourées de courbes, saupoudrées de bémols et de dièses. Il admet le pittoresques des jolis motifs, des clefs gracieuses, mais au même plan que les hiéroglyphes de temples égyptiens.

Excédé par ce qui l’avait tant rebuté enfant, il propose sa nouvelle notation, rien de moins, claire et cohérente. Il l’appelle ALNA, pour « Algorithme Naturel ». Les détails et justifications foisonnent, mais une image simple le caractérise : un carton d’orgue de Barbarie, percé de trous rectangulaires dont la position et la hauteur déterminent la mélodie, les harmonies et la durée des notes. Il en parle avec conviction, s’emporte contre le solfège traditionnel.

Au sous-sol de sa maison il construit un clavicorde, prédécesseur du piano, l’intérieur encore visible, les cordes en cours d’installation, et avec trois claviers : classique, synthétique et isomorphe, ce dernier simplifiant radicalement la transposition d’une partition. Ce travail a accompagné l’écriture du livre.

Scientifique, pédagogue, écrivain, Michel Steiner se dit aussi « un ignorant musical qui sait des choses que le musicien ne sait pas ».


Le secret des notes à la portée de tous, 2024. 25€. Disponible sur Amazon.

[Cet article paraît dans le Vase Comminicant n° 395.]

Un commentaire, une question ? denis.mahaffey@levase.fr

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