Connectez-vous avec le Vase

Le Vase des Arts

Trois concerts, trois mouvements

Publié

le

L"art de l'aléatoire

Julien Chauvin et Roxana Rastegar jouent le double concerto pour violon de Vivaldi.

Le programme musical d’une saison peut comprendre des événements reliés, l’intégrale de tel compositeur par exemple. Mais parfois l’accident des dates de programmation crée une cohérence imprévue. Ainsi Vivaldi, Bach et Haydn se sont trouvés reliés comme trois mouvements d’une même œuvre ces dernières semaines à la Cité de la musique, sans que ce soit intentionnel. Trois concerts pour faire régner la musique baroque.

1er mouvement : Splendeurs vénitiennes

Pour le concert tout-Vivaldi de l’ensemble Concert spirituel, le plateau de la Cité de la musique avait une configuration inhabituelle : deux orchestres, deux chœurs de femmes face à face.

Hervé Niquet s’adresse au public après le concert.

La raison ? Le chef de l’ensemble, Hervé Niquet, personnage familier à la Cité dans sa longue veste brocart, visage sévère – et merveilleux seul-en-scène par ses commentaires -, a reproduit le cadre dans lequel des œuvres liturgiques de Vivaldi ont été créées. Le compositeur était maître de chapelle de l’Ospedale, communauté religieuse à Venise qui l’a chargé de donner une éducation musicale aux orphelines abandonnées à sa porte. Le plateau reproduisait la disposition adoptée pour l’office de Vêpres à la Vierge de dimanche après-midi, où motets et plain-chant alternaient. La présence de deux chœurs a amené Hervé Niquet à ajouter le célèbre Gloria, rarement entendu dans cette configuration, et permettant au public d’entendre l’introduction répétitive, grandissante en intensité et qui mène à l’éclat des voix. Même dans le cadre laïc de la Cité, l’ambiance recueillie d’un tel événement a été palpable.

2e mouvement : Piano Bach

Après Vivaldi, le tout-Bach. Pendant une longue après-midi de dimanche, mais avec un généreux entracte pour permettre au public de se sustenter, bavarder ou simplement se reprendre, deux pianistes ont donné chacun un récital de la musique de Bach, comme une accalmie après l’effervescence vivaldienne.

Michaël Levinas, à la Cité pour la première fois, a joué les 24 préludes et fugues du Livre I du Clavier bien tempéré de Bach. Le titre de la première édition porte un titre, en allemand, qui expose l’exhaustivité et la complexité de cette œuvre. Même pour les amateurs non-spécialistes, cette construction influe certainement sur leur écoute :

« Clavier bien tempéré, ou préludes et fugues dans tous les tons et demi-tons, tous deux avec la tierce majeure ou ut, ré, mi et avec la tierce mineure ou ré, mi, fa. Pour la pratique et le profit des jeunes musiciens désireux de s’instruire et pour la jouissance de ceux qui sont déjà rompus à cet art. »

Tout de suite, ce qu’on a pu oublier : elle commence par la célébrissime prélude en Do majeur, que tout pianiste, même débutant, peut déchiffrer. Les choses se compliquent ensuite.

Michaël Levinas au piano

Au piano, Michaël Levinas a donné une interprétation à la fois lumineuse, sereine et parfaitement compréhensible, avec une intériorité qui pouvait faire croire qu’il improvisait ! Rentrant dans la salle pour écouter le deuxième récital, il a répondu à une question sur cet aspect de son jeu : « Toute la musique doit être improvisée. » A-t-il voulu dire qu’un interprète doit jouer comme s’il inventait la partition. Un sacré critère, mais que Michaël Levinas remplit lui-même.

A sa suiteJean-Philippe Collard, vieille connaissance de la Cité, a pris place pour jouer des compositions de Bach pour orchestre, transcrits pour le piano par le compositeur italien Busoni.Le résultat étonne par sa capacité à traduire l’original, et dégage la structure de chaque composition ; l’auditeur y reviendra avec une capacité d’analyse augmentée.

3e mouvement : Vivaldi versus Haydn

La troisième partie de cette œuvre imaginaire était à la charge de Julien Chauvin et son Concert de la loge. Le directeur a le don d’infuser tout qu’il fait d’une ambiance enjouée, espiègle – comment oublier son concert de 2024 dans la même salle, encore tout-Vivaldi, mais ou des danseurs se sont mêlés aux instrumentistes ?

Le concert a été une sorte de battle, comme le font des danseurs irlandais aux carrefours des routes : lequel, de Haydn ou de Vivaldi, gagnera ? Trois doubles concertos de Vivaldi, dont un pour deux violons, un pour deux violoncelles, et un pour deux violons et deux violoncelles ; et deux de Haydn, un pour violon, et un pour violoncelle.

Qui a gagné ? Aucun, mais pas à égalité non plus. Haydn est maître de la musique claire pleine d’humour, Vivaldi de l’allégresse, la rapidité et l’optimisme.

Le programme terminé, une intervention inattendue, preuve encore de la spontanéité de Julien Chauvin. Un groupe de stagiaires sortant d’un atelier de percussion est monté sur scène donner un échantillon de leurs acquis. Avec la participation du public dans la salle, ils ont reproduit des gestes – mains frottées sur les genoux, craquements de doigts – de l’animateur. Pour les accompagner, les musiciens ont joué un extrait des Quatre saisons de… Vivaldi.

Un commentaire, une question ? denis.mahaffey@levase.fr

Continuer la lecture
P U B L I C I T É

Inscription newsletter

Catégories

Facebook

LE VASE sur votre mobile ?

Installer
×