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Musique

Un air d’opérette

Denis MAHAFFEY

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L'art du chant

Un concert peut ménager des effets plus spectaculaires que ceux d’un spectacle théâtral. C’est le cas du début de « Mirage », titre du récital donné à la CMD par la soprano Sabine Devielhe, avec l’orchestre Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth (titre également de l’album qu’ils viennent de sortir) et qui comprend des extraits et airs de compositeurs français de la fin du 19e et début du 20e siècle.

Le programme démarre sur l’ouverture de « Mignon » d’Ambroise Thomas. Elle contient la polonaise qui a rendu Thomas célèbre. La musique bondissante s’approche de sa fin, lorsqu’une femme en longue robe de mousseline gris clair, les épaules nues, arrive sur le plateau, avance et monte sur l’estrade alors que les dernières notes résonnent. C’est Sabine Devieilhe. L’orchestre recommence à jouer, et elle chante « Je suis Titania la blonde, je suis Titania fille de l’air. » – les paroles, précisément, de la polonaise du deuxième acte. Le raccourci est saisissant, et la chute non accompagnée provoque déjà des « bravos » dans la salle.

Le programme se poursuit, et la cantatrice est éblouissante. Sa voix est fine, mais elle sait tout faire, s’élançant vers les cimes sans trahir le moindre effort. Delibes, Maurice Delage, Saint-Saëns, Messager : tout est mélodique, même les passages tristes restent légers. C’est l’époque qui le veut : l’opérette, avec ses élans, est dans l’air. Seul l’Ophélie de Berlioz atteint la gravité.

François-Xavier Roth dit toujours quelques phrases à la fin de ses concerts. « Peut-être la plus belle voix de France » dit-il de Sabine Devielhe, avant de se rétracter : « Je retire le mot « peut-être ». »

denis.mahaffey@levase.fr

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Le Vase des Arts

New Orleans en virtuel au Mail

Denis MAHAFFEY

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L'art du jazz

Avant le lever de rideau virtuel : Clément Caratini à la clarinette basse, Daniel Mizrahi, guitare, au mixage.

Sous les lumières de la scène dans la petite salle de théâtre du Mail, le clarinettiste Clément Caratini et le guitariste Daniel Mizrahi attendent de commencer leur récital de jazz, échangent quelques mots, font des ajustements.

Seul manque… le public. Les quelques personnes dans la salle sont là pour surveiller le déroulement. A cause du confinement, la musique arrivera aux spectateurs sur leurs écrans, une solution virtuelle conçue ensemble par le Mail et Concerts de Poche, l’organisateur.

 

Ce n’est pas compliqué : Sabrina Guédon, directrice du Mail, a installé sur un trépied son téléphone, qui diffusera le concert sur la page Facebook du Mail Scène Culturelle.

Il durera 20 minutes. Mais il a été précédé le même jour par deux concerts devant deux classes CM1/2 à l’école Michelet, après des ateliers musicaux en début du mois. Concerts de Poche prévoit toujours des animations en amont.

Il est temps. Il faut simplement vérifier l’heure, et c’est en direct !

Peu importent le cadre et les moyens, le clarinettiste et le guitariste se mettent à jouer avec un lyrisme, une précision et une délicatesse qui enrichissement singulièrement le naturel enthousiaste et entraînant du jazz de la Nouvelle Orléans.

342 personnes ont suivi le concert en direct. Combien le verront en différé ?

[Cet article paraît dans Le Vase Communicant n° 301 du 30 nov. 2020]

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Le Vase des Arts

Le Cercle Musical reprend ses instruments

Denis MAHAFFEY

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L'art de la musique pour le plaisir

Les musiciens du Cercle Musical regardent leur public

Le brouillard des mesures anti-Covid obscurcit le paysage quotidien. Les projets deviennent incertains. Voyages, visites, loisirs, tout est aléatoire. Alors lorsque des éléments familiers émergent clairs et nets dans ce brouillard, le plaisir des retrouvailles se même au soulagement.

Sandrine Vaillant, soliste de l’Andante pour flûte et orchestre de Mozart

Ainsi le Cercle Musical, ensemble symphonique amateur qui a dû renoncer à son concert du printemps, est revenu à la Cité de la Musique et de la Danse avec le même programme. Il y a comme toujours une sélection de morceaux largement à sa portée et d’autres qui représentent un défi (voir le détail ci-dessous). Comme toujours aussi, la secrétaire du Cercle et violoncelliste Catherine Douchy a présenté le contexte historique et les circonstances de sa composition. Cette année, son ton était plus enlevé, avec des apartés, comme pour refléter la joie de retrouver des amis.

Martin Barral, professeur de violoncelle au Conservatoire, a dirigé l’orchestre avec une énergie qui l’amène à faire des bonds sur son estrade, jambes écartées, bras en l’air. Il a insisté sur le travail fait en amont par Nathalie Lecuyer, cheffe de l’orchestre à l’époque. Après un ennui de santé en mars, elle s’est retirée de la direction, et est remplacée à partir de ce concert par Esteban Vidal, professeur de formation musicale au Conservatoire.

Le concert a commencé par l’Andante pour flûte et orchestre de Mozart, interprété avec une grande clarté par Sandrine Vaillant. Flûtiste du Cercle, elle a simplement rejoint les autres instrumentistes après son solo.

Martin Barral, chef d’orchestre

Après la 40e symphonie de Mozart, l’Ouverture d’Egmont de Beethoven a donné aux cordes une occasion de faire entendre un son rond, plein, assuré…un moment de grande beauté.

L’orchestre a géré avec aisance les changements de ton, par exemple entre Egmont et la Marche funèbre pour une marionnette de Gounod.

Le Cercle gagne en cohérence et précision à chaque concert, tout en gardant la fraîcheur de musiciens qui se fréquentent et qui répètent pour le plaisir.

Pour remplacer la Marche Radetzsky de Johann Strauss, si populaire pour les habitués, le concert s’est terminé par sa polka Sous le tonnerre et les éclairs, aussi sautillante et vive, aussi apte à envoyer le public chez lui en fredonnant.

Pour une raison qui a sans doute trait aux circonstances sanitaires (désir d’éviter des manipulations ?) aucun programme papier n’a été vendu à l’entrée, privant le Cercle Musical de la recette correspondante. Tout n’est pas encore comme avant.


Programme

Mozart: Andante pour flûte et orchestra
Glinka: Valse Fantaisie
Borodine: Dans les steppes de l’Asie centrale
Mozart: Symphonie n°40: mouvements 1 et 3
Beethoven: Ouverture d’Egmont
Gounod: Marche funèbre pour une marionnette
Strauss: Sous le tonnerre et les éclairs: polka rapide

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Le Vase des Arts

Broadway à la Cité

Denis MAHAFFEY

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L'art de la comédie musicale

Frederik Steenbrink et Isabelle Georges

Au milieu du récital Lumière sur Broadway à la Cité de la Musique et de la Danse de Soissons (sans entracte, c’est la règle en temps de Coronavirus), la chanteuse française Isabelle Georges et le chanteur néerlandais Frederik Steenbrink, parcourant leur panoplie d’extraits de comédies musicales, arrivent à Georges Gershwin. Il est le seul qui ajoute aux chansons mélodieuses et harmonieuses d’autres compositeurs du programme une profondeur qui fait penser à la musique classique. Chaque mouvement de la mélodie, chaque accord éveillent l’écoute, font faire une découverte musicale.

Ils chantent les deux airs les plus poignants, les plus passionnés, les plus planants de Porgy and Bess. Bess s’adresse à Porgy : « I loves you, Porgy » ; Porgy à Bess : « Bess, you is my woman now. »

Raphaël Sanchez, pianiste du trio qui accompagne les chanteurs, intervient avec Summertime. Quelques mesures familières puis, se révélant jazzman, il part dans une longue improvisation. C’est le meilleur moment de la soirée.

Frederik Steenbrink et Isabelle Georges ont de belles voix et une diction parfaite qui rend distincte chaque syllabe des paroles. Ils savent porter une chanson avec toute la verve qu’il faut. Comme dans une comédie musicale, ils continuent à jouer entre les numéros : sourires éclatants, regards et phrases échangés, coquetteries à l’intention des spectateurs.

Cependant, ceux qui apprécient l’acoustique parfaite de l’auditorium de la Cité ont eu la déception en entrant de trouver un empilement d’enceintes de chaque côté du plateau. Pour le public, les voix sortiraient de ces haut-parleurs, non pas de la bouche des chanteurs.

Ce n’est pas tout. Pour la première dizaine de rangs de sièges, toute note chantée forte prenait un ton rauque, comme quand un petit poste de radio est poussé au-delà de ses limites.

C’est un spectacle musical et théâtral qui aurait pu être plus à l’aise sur une scène de théâtre.

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