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Musique

Une rosace s’éteint

Denis MAHAFFEY

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L'art du vitrail

RosaceLongtemps, les chaises de la nef de la cathédrale étaient tournées vers la tribune d’orgue pour les concerts d’été, face à la rosace de la façade ouest. J’y faisais souvent référence par rapport à chaque organiste. Ses couleurs se sont éteintes avec elle pendant la tempête du 12 janvier 2016. Voici un hommage rétrospectif.

Ansgaard Wallenhorst
La tribune d’orgue de la cathédrale est très haute – trop : (…) il faut s’en éloigner dans la nef pour saisir au mieux les sonorités. Sa hauteur fait aussi que les tuyaux d’orgue empiètent sur la grande rosace de la façade ouest. Pour le public (…) assis le dos à l’autel, le soleil encore éclatant de fin d’après-midi illuminait les vitraux restés visibles au-dessus de l’orgue, créant une image de coucher de soleil multicolore et immuable.

Lydia Ksiakiewicz
La série de concerts (…) aura rythmé l’été soissonnais (…), ce troisième et dernier (coïncidant) avec la rentrée. La grande rosace, qui avait flamboyé auparavant, laisse déjà passer une lumière plus retenue.

Eric Latour
(…) un agréable fond sonore pour une heure à la cathédrale, devant la grande rosace, aux rouges brûlants ou couleur de braise selon l’humeur du soleil.

Michel Bourcier
(…) les récitals estivaux d’orgue offrent chaque année leurs plaisirs annexes. D’abord, celui de se trouver assis face à la tribune d’orgue, alors que le soleil d’après-midi vient briller derrière la rosace. Les tuyaux d’orgue empiétant sur le bas du vitrail lui donnent une forme d’éventail qui flambe de lumière.

Yves Castagnet
(…) Un organiste, à la différence de la plupart des instrumentistes, reste invisible. A la cathédrale de Soissons, les tuyaux plus courts le cachent, alors que les grands tuyaux derrière montent à l’assaut de la rosace – qui y résiste de toutes ses couleurs.

Vincent Dubois
Les tuyaux d’orgue de la cathédrale de Soissons, placés au-dessus de la nef, et de couleur ardoise, font penser à une formation géologique façonnée avec une lenteur infinie, d’une symétrie cristalline, et qui empiète sur la grande rosace de la façade ouest.

Vincent Dubois – Bach et Messiaen
Une valeur ajoutée (…) est la lente arrivée du soleil derrière la grande rosace au-dessus de la tribune d’orgue. Il fait lentement flamboyer les couleurs du vitrail, comme allumées par la foi brûlante des deux compositeurs.

Philippe Brandeis
(…) ce soleil d’après-midi qui finit par éblouir la grande rosace au-dessus des orgues !

Vincent Dubois – Bartabas
Même par une après-midi de pluie fine, les couleurs de la grande rosace de la cathédrale de Soissons, que les auditeurs des concerts d’orgue ont tout loisir pour étudier, restent intenses. Devant cette peinture sur l’air (…)

Johann Vexo
La rosace de la cathédrale était au rendez-vous pour le premier concert d’orgue d’été. Ou plutôt la lumière y était, pour allumer des fragments de verre coloré. D’abord effacée, puis forte jusqu’à oblitérer les couleurs, se calmant enfin.

Lionel Avot
Même par temps couvert, quand les couleurs de la grande rosace de la cathédrale doivent compter sur leur propre chaleur sans l’aide du soleil, que c’est agréable de s’installer le dimanche après-midi pour une heure de musique d’orgue !
Miracle : le soleil s’est débrouillé pour venir à son rendez-vous avec le côté gauche du vitrail, rendant l’expérience musicale encore plus agréable.

Elodie Raimond
C’était (…) la dernière occasion de passer une fin d’après-midi assis face aux orgues, à regarder la grande rosace, comme un soleil qui se lève derrière les tuyaux. Le vitrail, c’est l’art de peindre, non pas sur la toile ni le papier ni le plâtre, mais sur la lumière qui, elle, décide de l’intensité de l’image, chaque jour, à chaque heure de la journée.

[Source : L’Union 2006-2011]

denis.mahaffey@levase.fr

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Le Vase des Arts

New Orleans en virtuel au Mail

Denis MAHAFFEY

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L'art du jazz

Avant le lever de rideau virtuel : Clément Caratini à la clarinette basse, Daniel Mizrahi, guitare, au mixage.

Sous les lumières de la scène dans la petite salle de théâtre du Mail, le clarinettiste Clément Caratini et le guitariste Daniel Mizrahi attendent de commencer leur récital de jazz, échangent quelques mots, font des ajustements.

Seul manque… le public. Les quelques personnes dans la salle sont là pour surveiller le déroulement. A cause du confinement, la musique arrivera aux spectateurs sur leurs écrans, une solution virtuelle conçue ensemble par le Mail et Concerts de Poche, l’organisateur.

 

Ce n’est pas compliqué : Sabrina Guédon, directrice du Mail, a installé sur un trépied son téléphone, qui diffusera le concert sur la page Facebook du Mail Scène Culturelle.

Il durera 20 minutes. Mais il a été précédé le même jour par deux concerts devant deux classes CM1/2 à l’école Michelet, après des ateliers musicaux en début du mois. Concerts de Poche prévoit toujours des animations en amont.

Il est temps. Il faut simplement vérifier l’heure, et c’est en direct !

Peu importent le cadre et les moyens, le clarinettiste et le guitariste se mettent à jouer avec un lyrisme, une précision et une délicatesse qui enrichissement singulièrement le naturel enthousiaste et entraînant du jazz de la Nouvelle Orléans.

342 personnes ont suivi le concert en direct. Combien le verront en différé ?

[Cet article paraît dans Le Vase Communicant n° 301 du 30 nov. 2020]

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Le Vase des Arts

Le Cercle Musical reprend ses instruments

Denis MAHAFFEY

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L'art de la musique pour le plaisir

Les musiciens du Cercle Musical regardent leur public

Le brouillard des mesures anti-Covid obscurcit le paysage quotidien. Les projets deviennent incertains. Voyages, visites, loisirs, tout est aléatoire. Alors lorsque des éléments familiers émergent clairs et nets dans ce brouillard, le plaisir des retrouvailles se même au soulagement.

Sandrine Vaillant, soliste de l’Andante pour flûte et orchestre de Mozart

Ainsi le Cercle Musical, ensemble symphonique amateur qui a dû renoncer à son concert du printemps, est revenu à la Cité de la Musique et de la Danse avec le même programme. Il y a comme toujours une sélection de morceaux largement à sa portée et d’autres qui représentent un défi (voir le détail ci-dessous). Comme toujours aussi, la secrétaire du Cercle et violoncelliste Catherine Douchy a présenté le contexte historique et les circonstances de sa composition. Cette année, son ton était plus enlevé, avec des apartés, comme pour refléter la joie de retrouver des amis.

Martin Barral, professeur de violoncelle au Conservatoire, a dirigé l’orchestre avec une énergie qui l’amène à faire des bonds sur son estrade, jambes écartées, bras en l’air. Il a insisté sur le travail fait en amont par Nathalie Lecuyer, cheffe de l’orchestre à l’époque. Après un ennui de santé en mars, elle s’est retirée de la direction, et est remplacée à partir de ce concert par Esteban Vidal, professeur de formation musicale au Conservatoire.

Le concert a commencé par l’Andante pour flûte et orchestre de Mozart, interprété avec une grande clarté par Sandrine Vaillant. Flûtiste du Cercle, elle a simplement rejoint les autres instrumentistes après son solo.

Martin Barral, chef d’orchestre

Après la 40e symphonie de Mozart, l’Ouverture d’Egmont de Beethoven a donné aux cordes une occasion de faire entendre un son rond, plein, assuré…un moment de grande beauté.

L’orchestre a géré avec aisance les changements de ton, par exemple entre Egmont et la Marche funèbre pour une marionnette de Gounod.

Le Cercle gagne en cohérence et précision à chaque concert, tout en gardant la fraîcheur de musiciens qui se fréquentent et qui répètent pour le plaisir.

Pour remplacer la Marche Radetzsky de Johann Strauss, si populaire pour les habitués, le concert s’est terminé par sa polka Sous le tonnerre et les éclairs, aussi sautillante et vive, aussi apte à envoyer le public chez lui en fredonnant.

Pour une raison qui a sans doute trait aux circonstances sanitaires (désir d’éviter des manipulations ?) aucun programme papier n’a été vendu à l’entrée, privant le Cercle Musical de la recette correspondante. Tout n’est pas encore comme avant.


Programme

Mozart: Andante pour flûte et orchestra
Glinka: Valse Fantaisie
Borodine: Dans les steppes de l’Asie centrale
Mozart: Symphonie n°40: mouvements 1 et 3
Beethoven: Ouverture d’Egmont
Gounod: Marche funèbre pour une marionnette
Strauss: Sous le tonnerre et les éclairs: polka rapide

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Le Vase des Arts

Broadway à la Cité

Denis MAHAFFEY

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L'art de la comédie musicale

Frederik Steenbrink et Isabelle Georges

Au milieu du récital Lumière sur Broadway à la Cité de la Musique et de la Danse de Soissons (sans entracte, c’est la règle en temps de Coronavirus), la chanteuse française Isabelle Georges et le chanteur néerlandais Frederik Steenbrink, parcourant leur panoplie d’extraits de comédies musicales, arrivent à Georges Gershwin. Il est le seul qui ajoute aux chansons mélodieuses et harmonieuses d’autres compositeurs du programme une profondeur qui fait penser à la musique classique. Chaque mouvement de la mélodie, chaque accord éveillent l’écoute, font faire une découverte musicale.

Ils chantent les deux airs les plus poignants, les plus passionnés, les plus planants de Porgy and Bess. Bess s’adresse à Porgy : « I loves you, Porgy » ; Porgy à Bess : « Bess, you is my woman now. »

Raphaël Sanchez, pianiste du trio qui accompagne les chanteurs, intervient avec Summertime. Quelques mesures familières puis, se révélant jazzman, il part dans une longue improvisation. C’est le meilleur moment de la soirée.

Frederik Steenbrink et Isabelle Georges ont de belles voix et une diction parfaite qui rend distincte chaque syllabe des paroles. Ils savent porter une chanson avec toute la verve qu’il faut. Comme dans une comédie musicale, ils continuent à jouer entre les numéros : sourires éclatants, regards et phrases échangés, coquetteries à l’intention des spectateurs.

Cependant, ceux qui apprécient l’acoustique parfaite de l’auditorium de la Cité ont eu la déception en entrant de trouver un empilement d’enceintes de chaque côté du plateau. Pour le public, les voix sortiraient de ces haut-parleurs, non pas de la bouche des chanteurs.

Ce n’est pas tout. Pour la première dizaine de rangs de sièges, toute note chantée forte prenait un ton rauque, comme quand un petit poste de radio est poussé au-delà de ses limites.

C’est un spectacle musical et théâtral qui aurait pu être plus à l’aise sur une scène de théâtre.

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P U B L I C I T É

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