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Danse

Soutien pour l’Ukraine : le Grand Ballet de Kyïv à Soissons

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L'art du soutien

Le Ballet national de Kiev dans Casse-Noisette à Soissons en 2008

Lac des Cygnes, ce ballet adapté de vieux contes allemands et russes sur la musique de Tchaïkovski, sera présenté lundi prochain, le 21 mars à 20h30, au théâtre du Mail de Soissons. Une soirée de ballet par le Grand Ballet de Kyiv, avec les danseurs étoiles Aleksander Stoyanov et Ekaterina Khukar dans les rôles principaux ; aussi une soirée de soutien à l’Ukraine sous bombardement russe.

Le ballet raconte comment le Bien est vaincu par le Mal. Le Prince Siegfried aime Odette, la femme emprisonnée dans le corps d’un cygne blanc par un sorcier, mais en la trahissant avec la fille de ce magicien il détruit l’espoir de vaincre la malédiction et de vivre heureux avec une femme libre. Amour, courage, trahison, violence : le ballet aborde de grandes questions de la condition humaine. La fidélité, à une personne comme à des valeurs, est le chemin vers la liberté et le bonheur.

Entre le 3 janvier et le 3 mars la trentaine de danseurs du Grand Ballet de Kyïv avaient cumulé 48 représentations à travers la France. Après la dernière, la compagnie devait rentrer chez elle en Ukraine. Mais entretemps la Russie avait attaqué le pays. Il a été question de repartir en tournée en Pologne, mais le projet ne s’est pas réalisé. La décision a été prise de rester en France et, chaque fois que c’est possible, de soutenir l’effort de guerre comme ses membres le pouvaient, c’est-à-dire en dansant.

Alain Crémont, maire de Soissons, a voulu accueillir la troupe à Soissons. Son adjoint aux affaires culturelles François Hanse a retrouvé le représentant de la compagnie en France, en proposant d’ouvrir le théâtre du Mail aux danseurs Ukrainiens, d’assumer tous les frais et de verser la totalité de la recette à la Croix Rouge ukrainienne.

Le Grand Ballet de Kyïv présentera donc Lac des Cygnes pour aider l’Ukraine, un pays qui s’obstine à ne pas trahir, à rester fidèle à sa propre liberté..


Lac des Cygnes, lundi 21 mars à 20h30. Toutes les places à 28€.

Danse

Phénix : l’amour du sol

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L'art du hip-hop

Phénix est le troisième ballet de Mourad Merzouki à venir au théâtre du Mail. Il y poursuit son exploration du hip-hop, danse de rue qu’il déploie dans des spectacles conçus pour le théâtre. Ils sont innovants, font intervenir différents arts scéniques, et utilisent ses danseurs moins pour impressionner par leurs exploits acrobatiques que pour commenter la condition humaine.

Dans son précédent spectacle, Boxe boxe Brasil, les danseurs étaient boxeurs, munis de gants de boxe, casques et coquilles de protection. Le langage de la boxe permettait aux hommes d’exprimer leur énergie sans en faire une joute barbare.

Phénix prend un ton plus réfléchi, et la danse est plus abstraite, sans renoncer aux époustouflements physiques. Quatre danseurs accompagnent et sont accompagnés par une musicienne à la viole de gambe, assise sur une sorte de trône austère en bois monté sur roulettes que les danseurs déplacent de temps en temps. Elle joue de la musique baroque, à laquelle s’ajoute une bande sonore électronique.

Faudrait-il chercher le sens du titre Phénix, un reflet du symbole dans ce ballet/récital ? S’agirait-il d’une évocation du renouvellement qui relance la créativité, la capacité de réinvention. Il fait renaître du passé une musique d’époque en la plaçant dans un contexte contemporain qui pourrait sembler incompatible, mais qui s’y marie sur scène avec un naturel… époustouflant.

Le ballet classique vise l’aérien, pour échapper au sol, à la terre. Les danseurs de ballet s’entraînent pour dissimuler l’effort requis pour évoluer sur scène. Une danseuse classique pose, reliée au sol par la pointe d’un pied ; un danseur saute, jambes écartées et paraît un instant suspendre son vol avant de redescendre sur terre.

Le classique aime l’air ; le hip-hop est amoureux du sol. Ses danseurs en font leur référence ultime, y évoluent, s’y frottent, y tournent. Leurs mouvements les plus spectaculaires commencent au sol, ne le quittent que pour revenir.

Le ballet vise la beauté presque désincarnée, par ses costumes, ses couleurs, sa scénographie, son jeu. Phénix insiste sur l’ordinaire scénique, la demi-obscurité, sans costumes extravagants. La beauté est à chercher dans l’humanité émouvante des quatre danseurs et de la musicienne, qui ne se cachent pas dans un « rôle », mais dansent et jouent tels qu’ils sont, intensifiés par le cadre théâtral, comme sous une loupe.

Devant un public attentif jusqu’à la fin, puis éclatant en applaudissements longs et enthousiastes, au point de faire échanger des sourires entre les artistes, le phénix était ressorti du feu.

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Saison culturelle 2022-2023 : En avant la musique !

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L'art de la culture

La classe de Danse contemporaine du Conservatoire a ouvert la présentation de la saison culturelle dans la salle du Mail.

Théâtre, cirque, humour, danse, musique : des plats pour tous les goûts attendent sur la table chargée de la prochaine saison culturelle. Certes les mélomanes se sentiront les plus gâtés : de concerts symphoniques au reggae, de musique de chambre et récitals au soul-gospel et pop.

D’abord des chiffres, suivis de commentaires sur certains spectacles, surtout ceux qui ont un lien, par les artistes qui y jouent, ou par les échos qu’ils réveillent, avec les salles du Mail et de la Cité de la Musique :

* 3 spectacles de cirque

* 4 de danse

* 2 humoristes

* 7 pièces de théâtre

* 11 concerts symphoniques

* 11 récitals

* 8 chanteurs

* 5 groupes.

A travers bois du cirque Isis

La compagnie Isis présente le spectacle de cirque A travers bois. Ceux qui ont pu voir les préparatifs pendant sa résidence au Mail, une des nombreuses offertes par le Mail pendant la fermeture du théâtre, savent que le spectacle, qui utilise des colonnes, des blocs et autres objets en bois, se termine par l’apparition sur scène d’une énorme déchiqueteuse, nourrie de branchages et qui extrude des copeaux de bois comme des traînées de comètes.

Le chorégraphe réjouissant Benoît Bar revient à Soissons avec Service compris, une suite à Canapé(s). A nouveau, le public encerclera les danseurs sur scène. Des canapés leur seront-ils à nouveau servis ?

François-Xavier Demaisons, financier séduit par une carrière d’humoriste, revient au Mail avec Di(x)vin(s), pour entretenir son public du vin à boire dans la vie… et de la vie à vivre en le buvant.

Il est suivi par Naïm, ingénieur recyclé en humoriste – décidément, le comique débauche les cadres.

Dominique Blanc n’a jamais été au Mail, mais cette année elle va déchirer le cœur des spectateurs en jouant La Douleur de Marguerite Duras, dans une reprise de la mise en scène de Patrice Chéreau, et qui raconte son attente du retour de son mari de la Guerre.

Agnès Renaud, ancienne metteure en scène de l’Arcade pendant sa première résidence au Mail, et qui a fondé sa propre troupe, L’Esprit de la Forge, présente J’ai si peu parlé ma propre langue. Sur la fictive Radio Amicale du Soleil, hommage est rendu a Carmen, qui était la mère d’Agnès dans la vraie vie.

Après le succès de son spectacle déroutant en 2021 dans la petite salle du Mail, Ce que je reproche le plus résolument à l’architecture française, c’est son manque de tendresse, revient avec Et c’est un sentiment qu’l faut déjà que nous combattions, je crois, au titre légèrement plus court cette fois, mais avec un subjonctif.

Fidèles à la CMD, dont ils apprécient tant l’acoustique, des orchestres sont attendus : Orchestre Les Siècles, Orchestre de Picardie, Orchestre National de Lille, Concert de la Loge, Orchestre Français des Jeunes, Orchestre du Conservatoire de Paris, Ensemble Orchestral de la Cité, Orchestre Philharmonique de Radio France et, point d’orgue traditionnel de la saison symphonique, la Jeune Symphonie de l’Aisne en juillet 2023. Une mention spéciale pour Le poème harmonique sous la direction de Vincent Demestre, star de la musique Baroque, avec un programme centré sur Molière (400 ans en 2022).

Il y a autant de récitals que de concerts. Renaud Capuçon et Jean-Philippe Collard, familiers du public soissonnais, reviennent chacun, celui-ci au piano, celui-là au violon. Le récital traditionnel partagé entre Soissons et Laon, Scènes partagées, recevra en soliste la pianiste Catherine Cournot.

Les deux sœurs violonistes du Duo Nemtanu, empêchées par le Covid pendant la saison 2021-2, joueront Mozart, Prokofiev, Bartók et Kaufmann.

La chanson française aura sa place, avec deux chanteurs déjà venus au Mail. En 2006 Maxime Le Forestier a chanté Brassens ; il revient chanter… Brassens. Renan Luce sera en compagnie du pianiste Christophe Cavero avec « une furieuse envie de partage et de liberté ! »

Parmi les cinq groupes attendus, Le Gros Tube assumera la tâche traditionnelle de poursuivre sa soirée de brass-band survoltée par un après-spectacle à l’EJC voisin. Les « original Reggae Addicts » de Guive and the ORA les y suivront.

Plusieurs événements sont hors catégorie : Marianne James confie son savoir-faire sur la voix avec sa générosité éclatante ; Le Naufragé, histoire sombre, suicidaire même, racontée par Didier Sandre sur les Variations Goldberg jouées par Kit Armstrong ; Incandescences, où 9 jeunes non-professionnels montrent que l’ordinaire est extraordinaire. Quand les poules joueront du banjo avait été reporté de 2021, le Covid les ayant empêchés de gratter leurs instruments. Elles y seront cette fois.

Tant de musique dans la saison ? Cela peut tenter les réticents à y mettre les pieds, puis le cœur.

Tout est expliqué dans le programme carré, conçu pour être glissé dans la poche. Disponible au Mail et à la CMD.

[Une partie de cet article paraît dans le Vase Communicant n°337.]

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Danse

Lac des Cygnes du Grand Ballet de Kyïv : comment juger

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L'art du courage

Aleksander Stoyanov et Ekaterina Kukhar sur ka scène du Mail

Pour la soirée de soutien à l’Ukraine au théâtre du Mail de Soissons, le Grand Ballet de Kyïv a présenté le Lac des Cygnes.

Siegfried trahit Odette avec Odile.

L’événement avait commencé par les discours de la Ville qui l’avait organisé et de la Croix Rouge qui utiliserait les recettes pour aider les Ukrainiens, et allait finir par une ovation debout de la salle, pleine jusqu’aux fauteuils les plus à l’écart et rarement occupés, par l’hymne national ukrainien chanté sur scène sous une écharpe bleue et jaune, et par les larmes de la danseuse étoile.

Au cœur de la soirée, donc, ce grand ballet classique. Fallait-il, dans les circonstances, s’abstenir de commenter les performances et les choix faits ? Ou leur spectacle mérite-t-il d’être examiné, tout en tenant compte des circonstances difficiles ?

La production est une édition de poche du « Lac » pour une vingtaine de danseurs, ce qui réduit le corps de ballet à une douzaine. La durée est raccourcie, entre autre en coupant une partie des divertissements au troisième acte. Les costumes sont simples et la scénographie est limitée à deux toiles de fond qui alternent. Le Grand Ballet, émanation du Ballet de l’Opéra de Kyïv, n’a pas les ressources énormes et apparemment illimitées du Royal Ballet de Londres ni de l’Opéra Garnier de Paris. Ces simplifications concentrent l’attention sur l’essentiel.

Deux changements structurels sont plus discutables, dont la décision de faire danser le double rôle d’Odette (reine des cygnes) et d’Odile (fille du sorcier Rothbart transformé en sosie) par deux danseuses différentes.

La danse espagnole de l’acte 3

Cela enlève à la danseuse étoile Ekaterina Kukhar la possibilité de faire ressortir le contraste entre la douceur triste de l’une et la vivacité clinquante de l’autre. C’est un défi que relèvent brillamment les grandes danseuses. Par ailleurs il fait du Prince, amoureux d’Odette mais qui propose le mariage à Odile, un amant non pas piégé par la ressemblance physique mais inconstant (même dans la version originale, admettons-le, il n’est pas très futé).

La danse des Petits Cygnes

L’autre changement est donner à l’histoire une fin heureuse, en passant outre l’infidélité du Prince : il lui suffit d’arracher une aile au sorcier pour que les amants s’étreignent et soient promis à un avenir heureux avec beaucoup de petits…

Evidemment, les danseurs du Grand Ballet d’Ukraine, en entrant en scène, en tenant chacun son rôle, alors que leurs proches se terraient sous les bombardements au pays, ont fait preuve d’une autre qualité indéniable, le courage. C’est aussi cela qui leur a valu les applaudissements et acclamations des Soissonnais.

Commentaires : denis.mahaffey@levase.fr

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