Connectez-vous avec le Vase

Théâtre

VO en Soissonnais Acte 2, La vie d’un festival

Publié

le

L'art du festival de théâtre

Laurence Masliah, grand-mère et petite-fille

Une heure après « Elle(s) », « J’ai de la chance », écrit et joué par Laurence Masliah, a paru un miracle de clarté, d’humour et de tendresse. Une petite fille ausculte et recrée le passé de sa grand-mère, enfant juive pendant la guerre puis femme friande de langage (« Rebattre les oreilles, non pas rabattre ! ») et de couture (jusqu’à recoudre un bouton sur le pardessus d’un spectateur). Deux vies se fondent l’une dans l’autre. Après le spectacle, la comédienne a parlé avec éloquence du chemin de sa création, en admettant avoir beaucoup pris dans sa propre histoire familiale. Un spectacle illuminé par le partage d’humanité entre scène et salle.

***

La femme est l’enfant

« Cortex », de la compagnie belge 3637, utilise la danse et la parole, flot exubérant de mouvements et de mots géré par Bénédicte Mottart et Coralie Vanderlinden, avec Philippe Lecrenier musicien et régisseur sur scène à leur côté, pour examiner une autre transition, celle qui fait d’une enfant une femme, vue à travers le kaléidoscope de la mémoire qui fouille, éclaire, brouille, déforme, crée.

***

C’est moi qui ai la corde, pas toi !

A la tradition langagière du spectacle d’ouverture correspond un numéro de cirque pour terminer – mais du cirque « intelligent », où les prouesses physiques sont doublées par une réflexion sur la condition humaine (pensez au spectacle initiatique qui à fait la clôture en 20– ?). Dans « Zwaï », deux acrobates équilibristes suisses utilisent d’épaisses cordes montées sur des poulies pour illustrer une relation de méfiance et de rivalité, chacun jouant des tours à l’autre, piquant son matériel. Ils se détestent, s’envient, s’aiment, et finissent par établir une confiance absolue, dans un feu d’artifice de tours sur les cordes.

***

Un festival n’est pas qu’une série d’événements concentrés sur une courte période. Cette concentration crée une vie collective passagère. Le même noyau de spectateurs passe d’un spectacle au suivant, les commentant, échangeant des anecdotes. Si l’on croit au pouvoir du théâtre, on va trouver qu’ils évoluent, que chaque spectacle se joint au précédent pour créer une sensibilité accrue, aussi bien aux spectacles qu’à la vie extérieure et intérieure de chacun.

L’inauguration a lieu à la Halte Fluviale, les pieds presque dans l’eau de la rivière qui rappelle aussi bien la continuité que le passage des choses. Les discours ont été uniformément élogieux envers VO, les références politiques rares et discrètes. Le ton donne le « la » convenu pour les orages et zéphyrs du théâtre qui vont suivre.

Le programme était facile à suivre, les options d’heure et de salle réduites, alors que le souvenir persiste de l’ancien dédale de représentations et de lieux (l’étang à Septmonts, la salle de chaudronnerie du lycée De Vinci…), pour lequel il fallait établir un emploi du temps détaillé. N’ayant pas pris cette peine, j’ai raté un spectacle, et pas des moindres d’après les commentaires : « A mes amours » de et par Adèle Zouane. Voici ce qu’écrit Martine Besset à ma place :

” On n’a pas pu goûter le charme du spectacles A mes amours si on n’a pas été à huit ans amoureuse de Rémi R., et fait tout son possible pour être assise à ses côtés en classe, si on n’a pas à douze ans brûlé de passion pour un de ses camarades de colo, si on n’a pas à quinze ans…Les prénoms et les genres peuvent être modifiés sans rien changer à l’affaire : on a tous connu ces moments-là, dont on veut croire qu’ils dureront toujours, où la peau vibre comme un violon et où l’univers est surchargé de signes…Ils sont saturés de bonheurs, de souffrances, de jalousies, de trahisons, et n’éteignent jamais l’espoir qu’un jour, il (elle) viendra, et ce sera le bon… Le texte d’Adèle Zouane a suscité les sourires complices et attendris des spectateurs, et leurs délices d’être confrontés à leurs propres souvenirs. Avec un talent d’actrice délicate et malicieuse, capable d’évoluer dans ses gestes, sa voix et ses mots en même temps que son personnage, elle évoque un parcours amoureux universel, où chacun a reconnu le sien.

***Entracte***

denis.mahaffey@levase.fr

Continuer la lecture

Danse

Saison culturelle 2022-2023 : En avant la musique !

Publié

le

L'art de la culture

La classe de Danse contemporaine du Conservatoire a ouvert la présentation de la saison culturelle dans la salle du Mail.

Théâtre, cirque, humour, danse, musique : des plats pour tous les goûts attendent sur la table chargée de la prochaine saison culturelle. Certes les mélomanes se sentiront les plus gâtés : de concerts symphoniques au reggae, de musique de chambre et récitals au soul-gospel et pop.

D’abord des chiffres, suivis de commentaires sur certains spectacles, surtout ceux qui ont un lien, par les artistes qui y jouent, ou par les échos qu’ils réveillent, avec les salles du Mail et de la Cité de la Musique :

* 3 spectacles de cirque

* 4 de danse

* 2 humoristes

* 7 pièces de théâtre

* 11 concerts symphoniques

* 11 récitals

* 8 chanteurs

* 5 groupes.

A travers bois du cirque Isis

La compagnie Isis présente le spectacle de cirque A travers bois. Ceux qui ont pu voir les préparatifs pendant sa résidence au Mail, une des nombreuses offertes par le Mail pendant la fermeture du théâtre, savent que le spectacle, qui utilise des colonnes, des blocs et autres objets en bois, se termine par l’apparition sur scène d’une énorme déchiqueteuse, nourrie de branchages et qui extrude des copeaux de bois comme des traînées de comètes.

Le chorégraphe réjouissant Benoît Bar revient à Soissons avec Service compris, une suite à Canapé(s). A nouveau, le public encerclera les danseurs sur scène. Des canapés leur seront-ils à nouveau servis ?

François-Xavier Demaisons, financier séduit par une carrière d’humoriste, revient au Mail avec Di(x)vin(s), pour entretenir son public du vin à boire dans la vie… et de la vie à vivre en le buvant.

Il est suivi par Naïm, ingénieur recyclé en humoriste – décidément, le comique débauche les cadres.

Dominique Blanc n’a jamais été au Mail, mais cette année elle va déchirer le cœur des spectateurs en jouant La Douleur de Marguerite Duras, dans une reprise de la mise en scène de Patrice Chéreau, et qui raconte son attente du retour de son mari de la Guerre.

Agnès Renaud, ancienne metteure en scène de l’Arcade pendant sa première résidence au Mail, et qui a fondé sa propre troupe, L’Esprit de la Forge, présente J’ai si peu parlé ma propre langue. Sur la fictive Radio Amicale du Soleil, hommage est rendu a Carmen, qui était la mère d’Agnès dans la vraie vie.

Après le succès de son spectacle déroutant en 2021 dans la petite salle du Mail, Ce que je reproche le plus résolument à l’architecture française, c’est son manque de tendresse, revient avec Et c’est un sentiment qu’l faut déjà que nous combattions, je crois, au titre légèrement plus court cette fois, mais avec un subjonctif.

Fidèles à la CMD, dont ils apprécient tant l’acoustique, des orchestres sont attendus : Orchestre Les Siècles, Orchestre de Picardie, Orchestre National de Lille, Concert de la Loge, Orchestre Français des Jeunes, Orchestre du Conservatoire de Paris, Ensemble Orchestral de la Cité, Orchestre Philharmonique de Radio France et, point d’orgue traditionnel de la saison symphonique, la Jeune Symphonie de l’Aisne en juillet 2023. Une mention spéciale pour Le poème harmonique sous la direction de Vincent Demestre, star de la musique Baroque, avec un programme centré sur Molière (400 ans en 2022).

Il y a autant de récitals que de concerts. Renaud Capuçon et Jean-Philippe Collard, familiers du public soissonnais, reviennent chacun, celui-ci au piano, celui-là au violon. Le récital traditionnel partagé entre Soissons et Laon, Scènes partagées, recevra en soliste la pianiste Catherine Cournot.

Les deux sœurs violonistes du Duo Nemtanu, empêchées par le Covid pendant la saison 2021-2, joueront Mozart, Prokofiev, Bartók et Kaufmann.

La chanson française aura sa place, avec deux chanteurs déjà venus au Mail. En 2006 Maxime Le Forestier a chanté Brassens ; il revient chanter… Brassens. Renan Luce sera en compagnie du pianiste Christophe Cavero avec « une furieuse envie de partage et de liberté ! »

Parmi les cinq groupes attendus, Le Gros Tube assumera la tâche traditionnelle de poursuivre sa soirée de brass-band survoltée par un après-spectacle à l’EJC voisin. Les « original Reggae Addicts » de Guive and the ORA les y suivront.

Plusieurs événements sont hors catégorie : Marianne James confie son savoir-faire sur la voix avec sa générosité éclatante ; Le Naufragé, histoire sombre, suicidaire même, racontée par Didier Sandre sur les Variations Goldberg jouées par Kit Armstrong ; Incandescences, où 9 jeunes non-professionnels montrent que l’ordinaire est extraordinaire. Quand les poules joueront du banjo avait été reporté de 2021, le Covid les ayant empêchés de gratter leurs instruments. Elles y seront cette fois.

Tant de musique dans la saison ? Cela peut tenter les réticents à y mettre les pieds, puis le cœur.

Tout est expliqué dans le programme carré, conçu pour être glissé dans la poche. Disponible au Mail et à la CMD.

[Une partie de cet article paraît dans le Vase Communicant n°337.]

Continuer la lecture

Le Vase des Arts

Autour de la table : la Guerre de Troie

Publié

le

L'art du raccourci

Une longue table métallique sur la scène du Mail, les pieds fixés par des boulons, et avec un plateau en bois, entourée de chaises, métalliques aussi, comme pour une réunion de travail dans une usine. Huit acteurs entrent en scène. L’un va au piano pour accompagner le spectacle, les sept autres s’installent autour de la table.

Mais ils n’y resteront pas. Au cours du spectacle ils vont monter dessus, se cacher dessous, courir autour.

Le jugement de Pâris : Héra, Athéna, Aphrodite

Le Théâtre du Mantois, de Mantes-la-Jolie, joue La Guerre de Troie (en moins de deux…). La limite de temps sous-entendue dans le titre va être respectée en accélérant la vitesse de l’action et le débit du texte, mais sans rien omettre de la longue histoire, qui commence par la naissance d’Hélène, future plus belle femme du monde et déclencheuse pour cette raison de dix ans de lutte de dix ans entre Grecs et Troyens, et qui se termine par la destruction de Troie.

La mythologie grecque traite d’un monde de passions, de trahisons, de violences. A la différence d’une société purement humaine, les dieux interviennent, souvent pour des motifs triviaux. Le guerre est déclenchée parce que Pâris le Troyen, appelé à choisir celle de trois déesses qui recevra une pomme d’or, rejette la proposition de pouvoir fait par Héra et celle de bravoure militaire par Athéna, et donne la pomme à Aphrodite, Déesse de l’Amour, qui lui promet d’épouser… la plus belle femme du monde. La complication qui mène à la guerre : Hélène est déjà mariée à Ménélaos, roi grec.

Le concours (dans laquelle Hélène est représentée par une poupée aussi blonde que Barbie) illustre l’approche des Mantois : avec une énergie débordante, chaque déesse tente de convaincre Pâris ; quand il a décidé, Aphrodite et lui croquent la pomme (une Golden, quelle autre variété conviendrait ?) devant les deux dépitées.

Hélène, la poupée la plus belle du monde

La colère légendaire d’Achille, la mort de Patrocle, la venue de Priam roi de Troie pour demander le retour du cadavre de son fils : le texte consiste en des citations, dites avec précipitation mais avec une grande clarté, par l’un ou l’autre ou en chœur : Homère, Sophocle, Euripide, Hésiode, Virgile, Offenbach et, comme le dit l’affichette du spectacle, « etc, etc ».

Le comique du spectacle, qui ressemble à un vaudeville, vient du ton railleur, et de l’agilité corporelle des acteurs. Par moments, la créativité fait penser au Théâtre du Soleil : les chaises sont empilées sur la table, puis recouverts par de grands tissus marron, et voilà, convaincant parce que le public s’y prête, le Cheval de Troie.

Rien n’est pris au sérieux, sauf la guerre qui sous-tend tout : on ne rit pas d’une guerre, on rit et fait rire de l’absurdité de la guerre.

Continuer la lecture

Le Vase des Arts

L’éphémère à l’école : Brigades d’Intervention Poétique

Publié

le

L'art de la poésie

Anne de Rocquigny et Virginie Deville dans la cour de l'Ecole de la Gare avant l'intervention..

L’Ecole marche selon des règles, d’horaire, de programme, de comportement, de discipline, avec plus ou moins de rigidité selon l’établissement, l’administration, les enseignants, les matières – et les élèves.

Mais chaque printemps depuis 2009 cette belle mécanique éducative est volontairement déréglée dans les écoles de Soissons, quand les Brigades d’Intervention Poétique (BIP) font irruption dans chaque classe de chaque école, sans que les élèves soient prévenus, restent dix minutes, reviennent le lendemain. Pendant ces interventions les deux brigadières déclament des poèmes qu’elles ont choisis, selon un thème choisi par la campagne Printemps des Poètes. Après Désir, Courage, Infinis paysages et d’autres, le mot pour 2022 est « Ephémère ».

Je retrouve Anne de Rocqigny et Virginie Deville dans la cour de l’Ecole de la Gare le dernier jour de la campagne, pour les accompagner dans deux classes. La Ville de Soissons continue à financer l’action, cette année dans neuf écoles : Centre 1 et Centre 2, Michelet, Saint-Waast, la Gare, Galilée, Fiolet et Jean Moulin, totalisant 43 classes, et donc 86 passages.

Les deux comédiennes de la compagnie de l’Arcade, qui a une longue relation avec Soissons, sont flamboyantes dans de longues robes écarlates – après s’être habillées en éphéméropteristes (*) au premier passage. Avant d’entrer, Anne endosse un sac à dos dont sort un tronc d’arbre branchu. Virginie tient sur sa tête un petit panier.

Elles ouvrent la porte, entrent. L’ambiance de la classe est transformée : les élèves sourient, échangent des regards, comme pour dire « Mais qu’est-ce qu’elles vont inventer aujourd’hui ! »

Immédiatement, Brigadière Anne fixe la classé et récite « O ! temps suspends ton vol… ». Les paroles de Lamartine annoncent la couleur : le temps suspendu, l’éphémère règne. Elles chantent, dansent, font de la magie avec une fleur en papier, s’adressent à des élèves individuels, timides ou enthousiastes. Puis elles ouvrent la porte et sortent – suivies de François Hanse, Adjoint à la culture et au patrimoine de la Ville, venu témoigner par sa présence de l’importance qu’attache la Ville de Soissons à cet apprentissage poétique.

Anne de Rocquigny et Virginie Deville avec François Hanse dans la cour après l’intervention.

Et… Anne et Virginie resurgissent pour répandre des pétales de rose. Seraient-ce celles de la rose de la jeunesse que, selon Ronsard, la Mignonne doit cueillir car « la vieillesse fera ternir votre beauté » (« Pas encore ! » s’exclame un élève) ?

Après la séance, Anne a parlé de la démarche.

« D’emblée le thème de l’Ephémère évoquait la condition humaine par excellence, dans sa beauté et sa fragilité, ce que l’actualité ne cesse de nous rappeler entre crise sanitaire et guerre… sans parler du temps qui passe et qui nous transforme à chaque instant.

On  commence par chercher des pistes à l’aide d’un dictionnaire… En même temps nous cherchons des poèmes en lien avec les différents axes du thème.

Nous sélectionnons des poèmes contemporains et classiques qui nous plaisent, sont en lien avec une des facettes de l’éphémère, et nous paraissent possibles pour notre public. Puis nous confrontons nos sélections, les lisons ensemble et défendons nos choix car il va falloir en abandonner beaucoup !

Nous cherchons aussi des idées de mise en scène, de costume, d’ accessoires, d’entrées dans la classe, ainsi qu’une dramaturgie en assemblant les poèmes. Il faut que ça raconte une histoire tout en ne disant que les mots des poètes. » Puis elles répètent.

« Petit à petit on a cherché à enrichir notre proposition. On se dit : qu’est ce qu’on va faire après ? Et puis on trouve de nouvelles idées de jeu, d’interaction avec les enfants…

Souvent les élèves nous suivent dans la cour, veulent nous accompagner dans une autre classe pour faire la surprise, nous disent “C’était trop bien”  ou “Vous êtes trop belles ! » et nous demandent si on va revenir dans leur classe. Parfois on reçoit des dessins.

Mais le vrai cadeau c’est de voir les yeux des enfants qui brillent, leur sourire (enfin sans masque), leur capacité d’émerveillement – ou leur côté très normatif  (« Euh, on est en classe quand même…  » dit l’un d’entre eux nous voyant danser), et leurs réactions à nos transgressions,  toujours différentes en fonction des âges et des sensibilités… Bref, c’est très vivant et il n’y a pas qu’eux qui s’amusent ! »

Cette année, dix-sept poètes en deux fois dix minutes, dont Queneau, Prévert, Baudelaire, Ronsard, pour parler de ce qui ne dure pas, dans un langage riche dépassant le vocabulaire des élèves mais qu’ils entendent comme de la musique qui laisse des traces.

L’éphémère y a été, n’y est plus.


(*) L’éphémère, aussi appelé manne, est un insecte éphéméroptère ; logiquement, celles et ceux qui les étudient seraient des éphéméropteristes.

Continuer la lecture
P U B L I C I T É

Inscription newsletter

Catégories

Facebook

Top du Vase

LE VASE sur votre mobile ?

Installer
×