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Le Vase des Arts

Après le silence, Les Siècles fête Saint-Saëns

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L'art de Saint-Saëns

Les Siècles applaudi par le public soissonnais.

Pour commencer, il y a eu la joie de voir, sur le plateau de l’auditorium CMD, soixante-dix musiciens accorder leurs instruments, bavarder entre eux en attendant de jouer, comme avant le grand silence.

François-Xavier Roth dirige, Renaud Capuchon joue.

L’orchestre Les Siècles est revenu quinze mois après son dernier concert à Soissons, alors que nous avions l’habitude de le recevoir plusieurs fois par an. En mars 2020 il avait participé à l’intégrale de Beethoven, rompue par le premier confinement. C’est à la sortie progressive du second qu’il revient. La plupart des visages sont familiers, malgré le port d’un masque noir uniforme par tous les cordistes, même la harpiste, et les percussionnistes.

François-Xavier Roth, chef de l’orchestre, est entré avec sa verve de toujours, mais en levant le bras vers ses musiciens, geste qu’il garde ordinairement pour les rappels à la fin du concert.

Ces retrouvailles ont eu lieu autour de Camille Saint-Saëns, dont c’est le centenaire de la mort. Le programme a été fait de neuf œuvres courtes, dont deux extraits. « Déjà un programme de bis » selon François-Xavier Roth en annonçant à la fin que pour cette raison il n’y en aurait pas.

Il y a eu quand même la place, l’air de rien, pour l’intégrale des Poèmes Symphoniques, dont « La Jeunesse d’Hercule » pour ouvrir le concert et « Danse macabre » pour le clore.

Le violoniste Renaud Capuçon, autre visage familier à Soissons, a été le soliste de « L’introduction et Rondo Capriccioso » et « La Havanaise » ; le pianiste Bertrand Chamayou a joué la fantaisie « Africa » et le 2e mouvement du concerto « L’Egyptien » (*). Un troisième soliste, mais resté assis a son pupitre, a été François-Marie Drieux pour « Danse Macabre ».

Bertrand Chamayou à travers l’appui chantourné du piano Pleyel d’époque

Le programme a dosé des œuvres de Saint-Saëns devenues des tubes du classique et d’autres moins connues, telle le concerto pour piano ou le Poème « Phaëton ». Le plaisir de l’auditeur à entendre ce qui est déjà familier est en contrepoint à l’écoute plus intense de ce qu’il découvre.

Revenons au début du concert. Les premières mesures de « La jeunesse de Hercule » sont d’une douceur rendue poignante par le fait de réentendre la musique dans « notre » salle. François-Xavier Roth a parlé de « l’immense joie » des musiciens à nous retrouver (et a fait remarquer que même des guerres n’avaient pas mené à la fermeture des salles décidée pour contrer la contamination).

(*) Il a joué sur un piano Pleyel au lieu du Steinway habituel, respectant ainsi la convention qui veut que cet orchestre utilise des instruments d’époque.


Saint-Saëns sera fêté encore à la CMD par l’Ensemble Orchestral de la Cité le 12 juillet, avec un programme qui comprendra sa deuxième Symphonie et des œuvres de compositeurs qui ont compté pour lui.

 

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Les enfants chantent la mer

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L'art de faire chanter

Un voyage scolaire prévu sur la Côte d’Opale pour les élèves de l’école de Chacrise s’est fait longuement, longuement attendre. Alors quand ils ont pu écrire une chanson intitulée La Déferlante, pour le projet Sur Mesure, ils ont laissé exploser leur envie d’échapper aux contraintes de la pandémie :

Nous les écoliers nous voulons quitter le masque,
Ne plus être prisonniers,
Libérés, respirer, s’évader, c’est notre volonté,
Partir à la mer prendre le bon air !

Sur mesure ? Ce projet, qui s’adresse à toutes les écoles du Département, a été lancé par Jean-Philippe Mary, auteur-compositeur-interprète soissonnais, lui-même ancien instituteur, nom de scène « Mary ». « Je viens pour un projet pluridisciplinaire – écriture, langage oral, arts, utilisation d’outils numériques, etc – mais aussi pour présenter aux enfants et leur insuffler une de mes valeurs de vie les plus essentielles : semer du bonheur autour de soi par de petites actions, de petites gouttes d’eau qui ensemble peuvent créer un océan de positivité dans ce monde trop dur. »

Mary fait chanter les enfants de l’école de Chacrise.

A Chacrise, le projet d’une chanson co-écrite « sur mesure » avec Mary a été entériné par le Conseil d’Ecole en octobre dernier, mais les restrictions liées au Covid ont retardé sa réalisation. Il a fallu trouver les finances. Une aide est offerte par la Fondation La Poste et le Crédit Agricole. Agnès Carlier, Directrice de l’école, est prête à utiliser des fonds propres pour cette action mobilisatrice de toutes les énergies.

L’activité est artistique, mais ses étapes sont gérées avec précision. Mary consacre une trentaine d’heures au projet de chaque école. Il rencontre d’abord la classe pour échanger sur son travail d’artiste, tracer les grandes étapes à venir, aborder la composition et l’écriture de chansons. Il prépare le travail autonome que sera l’écriture des paroles par les élèves avec leurs enseignants.

Récemment, les trois classes, réunies dans la salle commune, ont entendu pour la première fois la musique que Mary a composée sur leurs paroles. Agnès Carlier rappelle le travail. « Nous avons travaillé ensemble, tout écrit sur de grandes feuilles au mur. Aucun mot n’a été décidé sans que tout le monde soit d’accord. » Le résultat est une ode à la liberté, à la joie, au voyage.

Ils ont écouté la musique, de style pop-rock comme ils avaient demandé, soit avec un grand sérieux soit, pour quelques-uns, en dansant assis ou à genoux. Ensuite, ils allaient apprendre à chanter leurs propres paroles.

Pour l’étape suivante, une salle sera transformée en studio d’enregistrement, et les élèves deviendront artistes. Ils seront même filmés pour un clip vidéo. Etape finale : répétition en vue d’une présentation publique en version acoustique et de studio, par exemple pour la fête de l’école. Ensuite, chacun reçoit un CD, et les clips sont publiés sur la chaîne Youtube de Mary à partir de la mi-juin.

Mary mène en même temps des projets Sur Mesure à Acy, Chassemy, Chierry, Cœuvres  et Valsery, Crouy, Paars, au regroupement de Seraucourt-Artemps, Hattancourt, Sermoise, aux écoles Albert-Camus de Tergnier et Georges-Bachy de Saint-Quentin. L’école de Rebais en Seine-et-Marne a décidé de composer un Hymne de la Maternelle, qui accueillera les nouveaux élèves chaque année.

Comment Mary arrive-t-il à mettre en musique toutes ces chansons ? « Lorsque je reçois les paroles, je me laisse bercer par elles, je les ressens émotionnellement. Je n’entends pas les notes, mais je sens l’ambiance, l’émotion que l’on va pouvoir transmettre. Je passe alors à la composition. »

La Déferlante chante une soif de liberté après tant de privations. Les derniers vers disent tout :

Avec le bus, filer vers le rivage,
Fini les enfants sages !

 

Informations : http://marymusic.fr/sur-mesure/

[Cet article paraît dans le VaseCommunicant n° 336.]

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Le comique des cuivres

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L'art des cuivres autrichiens

Mnozil Brass de g. à dr. : Thomas Gansch, Robert Rother, Roman Rindberger, Leonhard Paul, Gerhard Füssl, Zoltan Kiss et Wilfried Brandstötter.

Pour mêler la musique et les rires comme il le fait, le septet Mnozil Brass (trois trompettes, trois trombones et un tuba) jouit d’un petit avantage par rapport à d’autres instrumentistes : les cuivres sont eux-mêmes déjà un peu comiques. La trompette facilement stridente ; le trombone à coulisse, comme un piston de locomotive ; le tuba si encombrant qu’il cache presque toute la personne qui le joue.

Depuis 1993, quand Mnozil Brass s’est formé dans le Bar Josef Mnozil à Vienne, les musiciens-humoristes autrichiens exploitent à fond ces possibilités, et bien d’autres, pour faire écouter leur musique et faire rire.

Le spectacle à la Cité de la Musique démarre non pas avec la musique, mais par des préparatifs extra-précautionneux de temps de Covid : masques, survêtements blancs, vérification sanitaire stricte des… instruments qui seront joués.

Leonhard Paul joue quatre instruments en même temps… avec de l’aide.

Cette longue entrée en matière débouche sur la première d’une série de longs interludes musicaux, mélangeant brillamment tous les genres : du classique, des standards, de la musique traditionnelle autrichienne, du jazz, musique de films, même du Schlager allemand (c’est-à-dire des airs faciles, répétitifs, rythmés, mélodieux, aux paroles simples, humoristiques ou sentimentaux).

Beaucoup de fragments sont familiers, mais se succèdent souvent trop vite pour qu’un titre puisse leur être attribué. Tout de même : I can’t give you anything but love, chanté délicieusement a cappella, Bohemian Rhapsody de Queen, la Chevauchée des Walkyries. Ma voisine de salle a même reconnu un air joué en son enfance à la fête de son village du Limbourg néerlandais, à quelques kilomètres de l’Allemagne.

Ces assemblages musicaux ne sont jamais pris au sérieux, et donnent l’occasion d’interactions entre les membres du groupe, jamais prévisibles, souvent surréalistes, toujours hilarants. Zoltan Kiss est le plus excessif, se pavanant, grimaçant à faire peur aux premiers rangs, faisant de l’ombre à Gerhard Füssl, qui va bouder en s’asseyant par terre comme un enfant furieux. Robert Rother fait tout avec un sourire de bienveillance jusqu’à dérouter parfois ses co-instrumentistes. Roman Rindberger, le « jeune », s’étonne parfois de se trouver en telle compagnie. Thomas Gansch, tout en rouge, adore éclipser ses camarades. Wilfried Brandstötter n’émerge qu’occasionnellement de derrière son tuba.

Leonhard Paul prend le rôle du vieux, saisissant mal le sens de l’événement. Les applaudissements répétés de la salle, auxquels ses co-équipiers réagissent avec délice, le laissent perplexe, au point de suggérer des prémices de sénilité. Il fait tout sans l’ombre d’un sourire.

Pourtant c’est lui qui, à la fin, laissé tout seul pour jouer un solo mais terrassé par le trac, s’engage dans une longue séquence (avec ses chaussettes, on vous le jure) pour éviter l’inévitable.

Cette soirée de musique, savamment mélangée et jouée avec éclat, a mis la salle debout. Rappel sur rappel. Enfin, Leonhard Paul a abandonné son personnage déconcerté, et a souri.

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Entre funk et klezmer : Abraham Inc

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L'art de la clarinette +

Fred Wesley et David Krakauer

Quand il ne joue pas, le clarinettiste new-yorkais David Krakauer ressemble à un enseignant qui regarde, doux et souriant, sa classe turbulente. Quand il prend son instrument il les rejoint, devenu turbulent aussi, en imposant magistralement une tonalité klezmer dominante au funk général.

A ses côtés le tromboniste Fred Wesley, planté dans son fauteuil, domine physiquement, et s’impose musicalement, dès qu’il entreprend un solo.

En énergumène survolté de la classe, Socalled (« soi disant » s’est-il baptisé), qui ressemble à Groucho Marx, danse, court, saute, joue (piano, clavier, accordéon…), chante et parle. Au début il pouvait paraître excessif, dérangeant, mais a vite fait ses preuves, imposé son style à facettes multiples.

Derrière ces trois meneurs un sextet étoffe leurs prestations. Voilà Abraham Inc sur la scène de la Cité de la Musique.

Socalled à l’accordéon

Klezmer, funk ? D’une part la musique des juifs ashkénazes de l’Europe centrale, pour exprimer la joie de vivre malgré tout, et l’amour de Dieu – et dont les rythmes justifient largement le terme « effréné ». D’autre part le funk, proche du disco, du soul, du r’n’b et du jazz (voilà, tout essai de le définir pour les néophytes n’amène que des termes aussi obscurs). Pour résumer, une soirée de musique revigorante.

Le mélange est surtout le fait de David Krakauer : « Depuis que j’ai fondé le groupe Klezmer Madness au milieu des années 90, j’explore les possibilités d’ajouter du funk, du jazz, et plus récemment des influences hip-hop, au klezmer. Logiquement, ces explorations m’ont amené à une collaboration avec Socalled, un alter ego dans la recherche de cet endroit enchanté où ces styles peuvent trouver une communauté de transe extatique. »

L’annonce les avait prédits « plus déchaînés que jamais », et il y a une nette montée en puissance au cours de la soirée, puis une explosion musicale. Une partie des spectateurs s’est déchaînée avec eux, debout et criant leur ravissement. D’autres sont restés assis, restant dans le plaisir de la musique moins frénétique du début. Ce qui donne quand même une grande satisfaction générale.

Quand David Krakauer est venu à la Cité pour la première fois en avril 2018 avec l’Orchestre de Picardie, il a joué le Concerto pour clarinette de Mozart, en y ouvrant de nouvelles perspectives et découvrant des beautés inédites. Revenu sur le plateau il avait joué un solo klezmer puis, rejoint par l’orchestre, la célèbre danse Der heyser Bulgar (« Le chaud Bulgare »). La même explosion de joie et de vitalité avait déclenché le même enthousiasme débordant qu’Abraham Inc.

denis.mahaffey@levase.fr

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